Entrer dans la vie des autres et faire taire ses préjugés...

Publié le 1 Avril 2015

Entrer dans la vie des autres et faire taire ses préjugés...

Que c'est banal de se faire des idées sur les autres, sur les gens en général, du juger sans connaître, de porter des avis sans fondements, de préjuger sans la moindre hésitation. Je ne suis ni mieux (si peut être un peu parfois !) ni pire que les autres. Je peux avoir de la compassion tout comme je peux être indifférente à quelqu'un ou une situation, j'ai mes avis, mes préjugés et il m'arrive de ne pas en démordre ni de vouloir le faire. Pourtant je suis quelqu'un de tolérant.

Ainsi je me suis toujours demandée pourquoi quelqu'un qui habite en France depuis de nombreuses années ne parle toujours pas bien notre langue. Cela semble improbable et pourtant il a fallu que je me rende à l'évidence, parfois ce n'est pas ni simple ni vraiment du fait de la personne. Bon pour Jane Birkin, je n'ai pas d'avis !

Ainsi je suis entrée par hasard et beaucoup plus intensément que je ne l'aurais pensé dans la vie des autres, dans la vie de certains qui ont choisi il y a longtemps la France comme terre d'accueil. Qui y ont travaillé à la sueur de leur front, qui y ont fait des enfants français et qui pourtant ont toujours beaucoup de mal à s'exprimer et à se faire comprendre.

Elle s'excuse cette femme avec qui je suis devenue plus proche. Elle s'excuse pour son français qu'elle sait ne pas être correct et pourtant elle en fait des efforts. Elle a d'abord suivi son mari qui a choisi la France pour une opportunité de travail. Elle a quitté ses amis et sa famille pour arriver dans un pays étranger où la seule connaissance était un cousin de son mari. Ils ont travaillé avec des gens dont la langue était la leur. Ils n'ont pas vu le temps passer, occupés qu'ils étaient à bosser. Ils ont eu des enfants, entre le travail et la famille, il a fallu assurer tout le temps. Pas le temps pour apprendre le français. Quand on est épuisé après 12h de travail, on parle dans la langue que l'on connait.

Oui ils sont restés enfermés dans une vie où ils croisaient beaucoup de leurs compatriotes mais elle m'a raconté que ses voisins parisiens n'étaient pas toujours accueillants. Que la barrière de la langue justement a freiné les échanges. Que les efforts ne se font pas forcément de l'autre côté. Que lorsque l'on est isolé socialement, il n'est pas aisé de faire des progrès en langage.

Alors même si les enfants grandissent et parlent français, cela ne suffit pas. Et lorsque pour des histoires de logement, elle se retrouve dans une toute petite ville sans travail, cela suffit encore moins. A la sortie de l'école, les parents ne font pas plus d'effort que les anciens voisins parisiens. Elle n'ose pas parler car elle se sent mal à l'aise avec son français et les autres ne veulent pas échanger dès qu'ils comprennent qu'ils vont avoir du mal à comprendre... Chacun reste avec ses préjugés et ses barrières.

Elle est mère au foyer, seule pendant que son mari travaille et je peux vous dire qu'il ne ménage pas ses efforts mais il est à son compte et s'exprime dans sa langue maternelle, il parle français beaucoup moins bien qu'elle. Elle n'a pas d'amie et ses coups de fil ou séances de Skype, évidemment elles sont dans sa langue avec sa famille et ses amies restées au loin. Pourtant elle essaie, elle cherche ses mots, elle regarde son application de traduction et elle s'en sort même si quand la situation est compliquée elle ne saisit pas tout. Les enfants sont là pour traduire quand il le faut. D'ailleurs ils sont extras ses enfants et bons élèves c'est une évidence.

Elle m'a touchée cette femme, cette famille m'a touchée. Ils sont généreux, simples et ne se plaignent pas beaucoup. Elle se sent seule, c'est difficile, elle meurt d'envie de rentrer chez elle mais elle sait que ses enfants ne s'y acclimateront jamais car ils sont français, la différence de culture est trop grande, ils n'ont aucune envie de partir. Elle a su m'expliquer tout ça, me parler de tout ça avec son français cabossé.

Je suis entrée dans la vie des autres, j'ai pris le temps et la peine de vraiment écouter et j'ai chassé quelques préjugés... Je me suis sentie comme l'enfant à qui on fait la leçon mais j'ai aimé ça...

 

Ps : Jane, si tu veux m'expliquer, je suis à l'écoute !

Rédigé par Carole Nipette

Publié dans #humeurs

Commenter cet article

Xtinette 02/04/2015 15:26

L'italien c'est pourtant très proche du français mais mon père ne parle toujours pas très bien français après 45 ans ici ! Parfois je ne comprends pas... Et puis, oui, il y a son environnement, ses amis italiens à Paris, son métier, la télé italienne : son quotidien tourne autour de l'Italie et ça lui fait du bien car on a beau dire on reste déraciné ...Le temps n'y change rien... Et même moi née en France, je me sens déracinée - ce doit être génétique ;-)

Carole Nipette 03/04/2015 13:50

et quelque part je viens de comprendre pourquoi tu voyages tout le temps :)

Mélanie 02/04/2015 15:24

Et même en voulant à tous prix, prendre des cours, faire des exercices, et se rendre compte que c'est dur, trés dur d'apprendre une langue a l'age adulte, se rendre compte qu'aprés presque 7 ans passé en Allemagne, il y a des conversations dont je ne comprends pas un mot, se rendre compte que je ne parlerai jamais correctement, que toute ma vie on entendra mes fautes, c'est plus qu'un accent sympatique. Oui, c'est comme ca, ce n'est pas un refus d'integration, ce n'est pas un rejet du pays d'acceuil, c'est comme ca...je n'ai ni le temps ni les moyens financiers de me payer des cours adaptés, comme la plus part des femmes ayant des enfants je n'ai pas pu suivre les cours d'intégration, 8 h par jours, 5 jours par semaine, pendant 3 mois.... J'ai de la chance, je suis francaise, on ne me juge pas comme on juge les femmes russes ou turque, qui ont pourtant les mémes difficultés que moi....

Carole Nipette 12/04/2015 20:32

merci pour ton témoignage qui reflète exactement ce que j'ai voulu dire...

chocoladdict 02/04/2015 15:12

ton billet me met la chair de poule ...bravo je n'ai pas vraiment d'autres mots, ça fait du bien de lire des choses comme ça d'autant que la plupart des gens passent leur temps à juger tout le temps (même s'ils assurent le contraire)

Carole Nipette 12/04/2015 20:33

Merci... c'est super dur ne jamais juger je m'en rends compte tous les jours et parfois même, je sais que je veux être de mauvaise foi et je juge quand même...

Bealapoizon 02/04/2015 12:53

WOuahhhhhh !!! un grand bravo à toi !!! j'adooooooooooooooooooore ce billet

Carole Nipette 12/04/2015 20:33

Merci miss...

lily 02/04/2015 10:02

Un billet très touchant ...

Carole Nipette 12/04/2015 20:33

Merci

Stacy 02/04/2015 07:14

Émue... Ça faisait longtemps que je n'avais pas pris le temps de lire un de tes articles. Et, je suis contente de l'avoir fait ce matin. Merci, pour cet ouverture d'esprit, pour ta tolérance, pour cette femme ...

Carole Nipette 12/04/2015 20:34

Merci d'être revenue me lire pour ce billet :)

kti 01/04/2015 23:10

Déjà, ton billet est magnifique ! Je suis fan.
Mais aussi, je jugeais que les personnes devaient faire des efforts quand elles arrivaient. 8 ans de Guadeloupe et je ne parle toujours pas créole. Je comprends un peu mais loin de moi, l'idée de dire que je le comprends.... Juste, c'est plus facile le français.

Carole Nipette 01/04/2015 23:21

Merci et bienvenue... mais les gens parlent tout le temps en créole où ils alternent ? merci pour ton témoignage :)

Anne-Laure 01/04/2015 22:56

Nous en croisons régulièrement, au lycée, des mamans surtout, qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue pour gérer les soucis de leurs grands ados face aux profs... On s'étonne encore de voir venir la grande soeur pour expliquer le comportement de...
Mais tout ça m'évoque surtout un moment qui m'avait beaucoup marquée, il y a quelques années. Attablée Aux Deux Moulins, un café, un bouquin... Le vieux monsieur à côté de moi qui me demande avec une humilité qui m'émeut encore 13 ans après... si je peux lui rendre service et écrire une adresse sur son enveloppe. Jeune prof de lycée, je n'avais jamais, littéralement, touché du doigt l'illettrisme. Pas juste mes élèves qui n'alignent pas trois mots sans faire de faute, mais en vrai de vrai, ne pas savoir écrire une adresse pour envoyer un formulaire à la sécu...

Carole Nipette 01/04/2015 23:20

Mon papa est bénévole au Secours Populaire comme écrivain public... il rencontre de telles personnes toutes les semaines, on n'imagine pas...

MissBrownie 01/04/2015 15:54

Ton billet, c'est un peu l'histoire de la famille de ma meilleure amie au lycée.
Mon homme, quand je l'ai rencontré, il passait son temps avec des tunisiens venus en France pour poursuivre leurs études, comme lui. Il parlait très mal français et écrivait très mal aussi. Aujourd'hui, il passe ses journées à rédiger des docs et des mails en français, à animer des ateliers. Et nouveauté, il anime même en anglais désormais. Il avoue tout de même que c'est grâce à moi s'il parle un français sans accent maintenant. Quoique ses soeurs parlent vraiment très bien et pourtant, elles sont encore en Tunisie pour 2 d'entre elles.

Carole Nipette 01/04/2015 21:27

Je suppose que quand tu viens faire tes études c'est quand même plus simple, déjà tu entends souvent du français et bien parlé !

Madame 01/04/2015 10:14

Nous en avions discuté ensemble De la pudeur et du respect, ton billet est parfait.

Carole Nipette 01/04/2015 21:27

Merci...

Selky 01/04/2015 10:05

C'est beau tout ce que tu dis. J'en ai qqes unes à l'école des mamans qui butent sur les mots. Y'en a une que j'aime bien, et son mari aussi qui me tutoie et me demande comment je vais le matin. Elle, je le vois dans son regard qu'elle est gênée quand elle me parle et regarde ailleurs. Ils ont 4 filles adorables, les mêmes bouilles un sourire jusqu'aux oreilles. Je les aime bien tous les 6 :)

Carole Nipette 01/04/2015 21:32

:) tant mieux !

Déli' 01/04/2015 09:47

(Après, je ne parle pas des langues qui sont si difficiles à apprendre qu'il faut un Doctorat rien que pour lire leur alphabet!!!)

Déli' 01/04/2015 09:28

L'histoire que tu racontes devient touchante par le regard que tu poses dessus, loin des préjugés de ces immigrés qui refusent d'apprendre la langue française par principe. Il y a probablement beaucoup d'histoires que l'on peut regarder de cette façon. Pourtant, j'ai beau la lire selon tes mots, je ne suis pas vraiment d'accord. Les gens qui vont vivre dans les pays étrangers se retrouvent tous à un moment ou un autre plutôt entourés des compatriotes qui parlent leur langue, pour moi ce n'est pas une excuse, surtout quand on dégaine ensuite comme prétexte que l'on ne se fait pas d'amis justement à cause de la langue.
Je pense que c'est un effort qui se fait quand on le veut, quand on estime que c'est une condition essentielle à son intégration, quand on décide que c'est un objectif primordial.
Bien sûr, tu cites le quotidien, le travail intense, la famille, c'est évident que quelqu'un qui est désorienté dans un nouveau pays et qui est focalisé sur ses heures de boulot et les jours qui passent n'a pas forcément l'énergie pour en sortir et se fixer un nouveau challenge, oui mais c'est ce qui fait la différence avec quelqu'un qui veut vraiment s'intégrer pourtant.

Mes parents ont vécu des années dans des pays étrangers, ils y sont partis à plus de cinquante ans, ma mère était seule sans repère car elle a suivi mon père et pourtant son premier travail a été d'apprendre la langue pour pouvoir communiquer avec la population et s'intégrer. Dans chaque pays où elle l'a suivi, elle a appris la langue, seule, autant te dire qu'à son âge ce n'était pas facile. Mon père également, pour son travail.
Ils étaient entourés de français dans leur expatriation et ils auraient pu sans problème rester enfermés dans ce microcosme mais pour mes parents il était inconcevable de vivre à l'étranger et ne pas s'immerger dans leur culture et donc, par nature, leur langue! Et pourtant, ils n'y ont pas construit leur vie ni élever leurs enfants, ils n'y restaient que quelques années.

Mes grand-parents paternels étaient des immigrés espagnols qui ne savaient ni lire ni écrire, qui étaient pauvres avec beaucoup d'enfants, ça a été dur mais ils ont appris la langue, doucement, parce que c'était important pour eux d'apprendre la langue du pays dans lequel leurs enfants grandissaient, et je parle du début du XXeme siècle, il n'y avait pas Internet avec les outils de traduction et encore moins les cours du soir qu'ils n'auraient de toute façon pas eu les moyens de se payer..

Mon discours ne se veut pas moralisateur, chacun est influencé par sa culture, son patrimoine, son histoire, il se trouve que ma famille m'a montré l'exemple contraire de celui que tu racontes alors forcément, je n'ai pas la même complaisance que toi.
Non que je juge cette personne d'ailleurs, loin de là!!, chacun a ses raisons!, mais je pense que les raisons/excuses que tu mets en avant ne sont valables que lorsqu'on les veut définitives.

Carole Nipette 01/04/2015 21:49

Evidemment je n'ai mis aucune donnée personnelle sur le pays d'origine, le travail qu'ils ont fait en France, ni même le nombre d'enfants... chaque histoire est différente et je peux t'assurer que la barrière de la langue n'a rien à voir avec français-espagnol par exemple... après ils sont intégrés ce n'est pas trop le souci, pour moi l'intégration est faite par leur mode de vie, leurs enfants et d'autres choses dont je ne vais pas parler ici... la venue ici n'était pas un choix mais une opportunité et ne pas se faire à un autre pays ça arrive, je pense que ça joue aussi... pour d'autres histoires je penserais aussi comme toi et surtout quand les gens ne veulent pas s'intégrer du tout mais là, ce n'est vraiment pas de la mauvaise volonté, vraiment...

Val1603 01/04/2015 09:10

Hé oui... pas toujours simple... quand on arrive déjà adulte dans un pays dont on ne parle pas la langue.
Ma première belle-mère (maman de Mr Ex. - originaire du Cap Vert) passait son temps à s'excuser auprès de moi parce qu'elle ne parlait pas bien le français... Mais moi j'aimais l'entendre me parler avec son accent chantant, y ajouter quelques mots de sa langue à elle. Je trouvais cela tellement beau... Et quand ma fille est née, j'adorais l'entendre lui parler sa langue maternelle, même si je ne comprenais pas...
Et alors elle m'a expliqué... ce que tu as écrit là...
Pas toujours facile de s'intégrer...
Merci pour ton texte.

Carole Nipette 01/04/2015 21:51

merci pour ton histoire :)

Océane 01/04/2015 09:00

Oh oui, touchant et parlant :) Ma mère parle assez bien français, mais avec un accent qu'on devine. La chance qu'elle a eu c'est de vivre dans un quartier avec des voisins sympa et ouvert et de lier des connaissances en dehors de chez elle. Mais la tentation est grande, en exil, car il s'agit toujours d'une forme d'exil au départ, de se replier sur soi et les souvenirs de sa culture d'avant. Oui, il faut des efforts de tous côtés; pour ouvrir les barrières.

Carole Nipette 01/04/2015 22:01

Parfois on a plus la force de faire des efforts... des deux côtés d'ailleurs...

pivoine 01/04/2015 07:42

Très touchant ton billet :-)
Je discute avec une maman yougoslave à l'école, c'est difficile pour elle (et c'est vrai qu'elle est au foyer et qu'elle est très souvent avec un petit groupe de mamans de la même origine qu'elle et elles parlent dans leur langue.

J'imagine combien ca doit être difficile dans des cas où l'alphabet est different.

Carole Nipette 01/04/2015 22:03

Merci... c'est clair quand il n'y a rien de commun ni à l'écrit ni à l'oral c'est vraiment compliqué...