Le Fils de Saul, Nous trois ou rien, Lolo, Belles familles / Revue de films

Publié le 10 Novembre 2015

Le Fils de Saul, Nous trois ou rien, Lolo, Belles familles / Revue de films

Le Fils de Saul de László Nemes

"Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture."  Interdit aux moins de 12 ans

 

C'est un film de cinéma qui s'attaque à un tabou, celui de la représentation de l'holocauste, mais ce n'est pas juste un film de plus sur le sujet. Il y a une fiction qui se superpose à la réalité.

La réalité : quelques jours dans la vie d'un Sonderkommando d'Auschwitz au moment ou le rythme des massacres s'accentue. La cadence de mort s'accélère, les nazis sentent le vent tourner. C'est en octobre 1944 qu'une révolte a lieu, un échec et un bain de sang...

La fiction : Saul Ausländer qui veut faire enterrer un cadavre d'enfant qu'il prend pour son fils.

La caméra se fixe sur Saul, son visage, le visage de ses compagnons, les personnages de premier plan. Tout le reste, c'est à dire ce qui concerne le "travail" de Saul est en arrière-plan et flou : les juifs qui sortent des trains pour entrer directement dans les "vestiaires" attenants aux chambres à gaz, leurs cadavres qu'on transporte et qu'on brûle... Tout ce qui représente la réalité de ce camp de la mort est flou. Flou mais omniprésent ou presque. Flou mais terriblement net... Flou mais les sons parlent, on entend peu de paroles mais beacoup de bruits...

On entre dans le quotidien effroyable de Saul Asländer et de ses compagnons, dans l'intimité de ces hommes qui essaient tant bien que mal de garder un minimum de dignité, ces hommes qui continuent de prier...

Rester impassible, ne rien montrer même s'il reste une once d'humanité enfouie tout au fond. Est-ce l'instinct de survie qui leur fait supporter l'horreur ? Où sont-ils déjà morts ?

La première partie dans dans l'antichambre de la mort de masse organisée décrit l'implacable machinerie mise en place pour traiter les arrivants chaque jour de plus en plus nombreux. Cela ressemble à ce que je me suis imaginée en lisant les récits, en regardant les documentaires sur la Shoah, en allant au Yad Vashem ou à Dachau.

On s'interroge aussi sur ces Kapos qui tiennent leurs équipes avec poigne et sadisme même, rivalisant parfois avec les nazis, toujours l'instinct de survie ou un caractère qui a eu l'occasion de s'affirmer sans craindre des représailles ?

La résistance s'organise tant bien que mal à l'intérieur d'Auschwitz, photographier à tout prix pour le témoignage, pour l'histoire, pour la mémoire...

La quête de Saul, un rabbin pour enterrer un enfant qu'il pense être son fils, semble si dérisoire. Il prend des risques, on a envie de lui dire qu'il est fou, quel est l'intérêt, pourquoi sauver un mort plutôt qu'un vivant, au détriment de la réussite du projet de révolte de ses camarades ? Comment après toutes les horreurs qu'il voit, peut-il s'investir autant dans l'enterrement d'un cadavre ? Cette obstination aux dépends de tout le reste surprend mais là, c'est bien de la fiction qu'il s'agit. Ses camarades lui disent "tu as abandonné les vivants pour les morts" mais n'est-il déjà pas mort lui-même ? Saul est un mort-vivant comme la majorité de ses camarades. Trouver un but pour ne pas sombrer complètement dans la folie c'est peut être ça la motivation... Se sentir humain et vivant une dernière fois...

László Nemes raconte autrement mais l'essentiel est de raconter, c'est mon avis, surtout que ce n'est pas dénaturé. Je ne peux pas dire comme d'habitude "j'ai adoré ou j'ai aimé...", ces termes ne correspondent pas, même si ça reste un film de cinéma. J'ai aimé la démarche, le tour de force car c'en est un, j'ai aimé l'interprétation incroyable de Géza Röhrig... J'ai vécu le film...
 

Pourquoi j'y suis allée : pour me faire mon propre avis sur ce débat autour de la représentation de la Shoah... Je n'avais pas aimé "La vie est belle" par exemple.

Le Fils de Saul, Nous trois ou rien, Lolo, Belles familles / Revue de films

Nous trois ou rien de Kheiron

"D’un petit village du sud de l’Iran aux cités parisiennes, Kheiron nous raconte le destin hors du commun de ses parents Hibat et Fereshteh, éternels optimistes, dans une comédie aux airs de conte universel qui évoque l’amour familial, le don de soi et surtout l’idéal d’un vivre-ensemble."

 

Ce qui est flagrant tout au long du film c'est cette tendresse qui transparaît de partout et je ne parle pas de tendresse dégoulinante mais de quelque chose de simple et fort à la fois. Kheiron raconte l'histoire de ses parents pour lesquels on sent l'admiration et l'amour, il joue le rôle de son père et le fils c'est lui. Il promène son regard doux et souriant à travers les épreuves même les plus difficiles.

Ici les sujets graves sont traités avec sensibilité et humour et pour moi ça a marché. J'ai perçu les espoirs déçus de tous ceux qui avaient oeuvré pour la révolution, cette arrivée de Khomeiny tant attendue qui a balayé tous les sacrifices, qui a écrasé toutes les libertés.

La deuxième partie du film se passe en France et plus précisement en banlieue à Stains et Pierrefitte. Hibat et sa femme qui repartent de zéro après avoir fui l'Iran, s'investissent avec tout leur coeur dans leur nouvelle cité. C'est l'intégration comme on la rêve aujourd'hui. Ils aident les gens, ils rendent le vie de quartier meilleure, ils font cohabiter les différences, les religions, les traditions. L'humour est toujours présent.

Kheiron met en lumière la figure de Daniel Bioton (impeccable Michel Vuillermoz) maire communiste de Pierrefite durant 27 ans ! Il a beaucoup fait pour la ville et ses habitants et c'est là qu'on voit qu'il y a un modèle qui peut fonctionner si on y met les moyens humains et matériaux et si on laisse le temps faire le reste. Ici encore, c'est la résistance qui est à l'oeuvre, celle qui montre qu'un individu peut changer les choses avec passion et conviction. La résistance est partout, dans les prisons iraniennes, dans les cités de Seine Saint Denis.

Je vote pour Kheiron/Hibat, ministre de la ville !

Une jolie chronique familiale, sociale et historique qui m'a laissée un sentiment de bien-être, un feel good movie comme on dit mais ce serait réducteur.
 

Je suis allée voir le film avec Nina (choix de sa part) et à la sortie on a eu un super débrief sur les régimes totalitaires, la liberté, la démocratie, la résistance... Elle n'a pas tout compris tout de suite pendant le film mais a posé beaucoup de questions. 10 ans, ce n'est pas trop tôt pour aborder ces sujets. Il y a quelques scènes violentes au début mais ce n'est pas montré en direct, elle n'a pas été traumatisée... (la réalité de ce monde qu'elle observe tous les jours est bien plus rude...)

 

Pourquoi j'y suis allée : j'ai vu une fois la bande-annonce au cinéma et ça a suffi à me décider. Tout comme Nina d'ailleurs !

 

Le Fils de Saul, Nous trois ou rien, Lolo, Belles familles / Revue de films

Lolo de Julie Delpy

"En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s'adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori."

 

Tous les préjugés sur les provinciaux sont passés au crible avec le personnage incarné par Dany Boon (il est vraiment attachant dans ce rôle) et l'amener dans le milieu branché parisien, forcément ça fait des étincelles. Surtout quand Lolo grand garçon égoïste fils manipulateur à la beauté vénéneuse, s'en mêle.

Il y a beaucoup de dialogues crus censés être drôles dans la vulgarité, le genre qu'on aime bien utiliser de temps en temps entre copines mais là, j'ai trouvé que ça sonnait faux. D'habitude je suis plus que fan de Karin Viard et pour la première fois j'ai trouvé que ça ne fonctionnait pas dans le rôle de la bourgeoise qui se la joue dévergondée.

J'ai bien aimé le duo Dany Boon / Vincent Lacoste qui donne les scènes plus intéressantes au film.

"Lolo" est aussi une réflexion sur l'amour maternel et le rapport mère fils mais le fils est vraiment malade, le sujet est à peine effleuré à la fin... Julie Delpy a préféré rester sur le registre comique alors que pour le coup ce n'est plus vraiment drôle.

Film sympathique mais je reste mitigée.

Pourquoi j'y suis allée : pour le sujet, pour voir une comédie et pour Vincent Lacoste en priorité du casting.

Le Fils de Saul, Nous trois ou rien, Lolo, Belles familles / Revue de films

Belles familles de Jean-Paul Rappeneau

"Jérôme Varenne, qui vit à Shanghai, est de passage à Paris. Il apprend que la maison de famille d’Ambray où il a grandi est au cœur d’un conflit local. Il décide de se rendre sur place pour le résoudre. Cette échappée provinciale changera sa vie… "

 

Le postulat immobilier de départ est un peu complexe puis l'histoire devient de plus en plus évidente, les secrets de famille s'éventent...

Jérôme est immergé dans un passé qu'il ne connait pas ou n'a pas voulu connaitre. Il se prend une dose de rattrapage en quelques jours et remonte le cours du passé, ne pouvant plus s'arrêter. La jolie jeune fille, pleine de secrets elle aussi, n'y est pas étrangère.

Il y découvrira, ce père absent pour lui qui fut un autre homme pour une autre famille. Un homme différent de celui qu'il a connu. Peut-on faire la paix avec un mort ?

Pas beaucoup de surprises dans ce film et parfois le temps est long. Pas désagréable mais pas inoubliable non plus. Le casting est sympa.

 

Pourquoi j'y suis allée : parce que l'horaire m'allait et qu'on m'en avait dit bien.

 

Rédigé par Carole Nipette

Publié dans #Sorties culturelles... de maman - critiques cinéma.

Commenter cet article

Madame 11/11/2015 22:50

Je veux voir Nous 3 ou rien, aujourd'hui Pierrefitte n'est plus un modèle à suivre, tu n'y laisserais pas ta fille seule... c'est un des multiples ghettos du 93 que les politiques ont laissés grossir. Pour qu'une intégration soit réussie il faut qu'il y ait de la mixité, c'était surement le cas à l'époque, aujourd'hui c'est fini, il n'y a que des français d'origine étrangère et des étrangers à Pierrefitte comme aux villes des alentours. C'est mon secteur de boulot ... Néanmoins je veux voir le film ♥

Carole Nipette 11/11/2015 22:57

je ne connais pas toutes les banlieues mais j'ai quand même le sentiment que ça s'est aggravé depuis 20 ans et que beaucoup d'avancées ont été réduites à néant... peut être parce que les cités ont explosé démographiquement, que les bâtiments ont été laissés en l'état et qu'effectivement il n'y a plus du tout de mixité alors qu'il y en avait... et d'autres raisons mais je ne développerai pas ici...

Alexandra 10/11/2015 21:28

Tom m'a demandé de voir Nous 3 ou Rien et j'allais justement te poser la question, si tu me le conseillais. Il a le même âge que Nina. Iris veut le voir aussi, tu penses que c'est trop tôt? Elle a 7 ans et demi, je sais que le sujet les touche et les intéresse. Bref, j'hésite.

Alexandra 10/11/2015 22:51

C'est bien ce qu'il me semblait :/ Ils font bien la part du réel et de la fiction dans les films mais là, le film raconte une histoire "vraie" et ils sont très sensibles. Je crois que je le regarderais en tête à tête avec Tom en VOD un peu plus tard :) Merci pour ton conseil.

Carole Nipette 10/11/2015 21:50

Pour moi les scènes dures sont surtout en Iran, dans la prison où il y a de la torture suggérée mais on voit le résultat sur le visage avec du sang... après il y a des morts dans le film mais pas montrés de manière violente. Pour Tom tout dépend de ce qu'il a l'habitude de voir et s'il est sensible au cinéma (Nina a vu Harry Potter à 4 ans et demi mais je sais que plein d'enfants ont eu très peur, pas elle...). Pour Iris, ça me parait trop jeune par contre...