Ça fait à peine trois semaines, ça fait déjà trois semaines...

Publié le 4 Décembre 2015

Ça fait à peine trois semaines, ça fait déjà trois semaines...

Ce sentiment étrange que tout a changé sur le fond alors que rien n'a changé sur la forme. Ce sentiment étrange que tout ce que je fais depuis le vendredi 13 novembre a une autre portée, j'interprète beaucoup (trop ?) à l'aune des événements.

Je ne sais pas si c'est parce que c'est récent, trop récent. Je ne sais pas quand ça va s'arrêter ni même si ça va s'arrêter. Même si l'horreur ne recommence pas ici tout de suite, elle continue ailleurs et nous avons tous une épée de Damoclès sur la tête.

Je n'ai pas arrêté de penser à l'excellent film de Robert Guédiguian que j'ai vu le vendredi 13 justement "Une histoire de fou". Il aborde les questions de terrorisme perpétué pour défendre la cause de la reconnaissance du génocide arménien par les turcs. Ces hommes et femmes qui finissent par se tromper de combat en faisant des victimes civiles ; la fin ne justifie pas les moyens et le film montre les divergences au sein des groupes armés. Le sujet est dur mais c'est un film plein d'amour qui raconte aussi la recontre de la mère d'un terroriste avec la victime collatérale d'un attentat perpetré contre des officiels turcs. Un film intelligent et intéressant avec un casting remarquable.

Ça fait à peine trois semaines, ça fait déjà trois semaines...

On a regardé "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" avec l'enfant. Bon, pour l'anecdote je n'avais pas revu le film depuis au moins 10 ans et j'avais complètement zappé qu'il y avait au début des scènes d'orgasmes à répétition... moment de solitude... bref. J'avais aussi oublié que deux scènes se passent dans un sex shop mais ma fille n'a pas fait attention à ce que faisait Nino et sa collègue, c'est à dire ranger des sextoys dans le rayon. Ce n'est pas ça que je voulais raconter mais au cas où l'idée vous viendrait de regarder le film avec des enfants, vous êtes prévenus, il y aura peut-être des questions !

En regardant le film tourné à Paris j'ai ressenti cette réelle insouciance qui s'en dégageait. J'ai été frappée par ce sentiment et je n'ai pu m'empêcher de me demander si on la retrouverait telle quelle un jour...

Ça fait à peine trois semaines, ça fait déjà trois semaines...

Nous avions loupé Le Petit Prince au cinéma cet été, il vient de sortir en DVD et VOD. Une très belle adaptation du roman de Saint Exupéry. Nina vient justement de l'étudier en long et en large à l'école et elle était contente de reconnaître les images et les citations à l'écran. Nous avons tous aimé, c'est merveilleux et retrouver les bonheurs de notre enfance on en aurait tous besoin en ce moment.

Je n'arrêtais pas de me dire qu'on devrait bombarder l'Etat islamique avec des cargaisons de Petit Prince. Même s'ils ne lisent pas, peut être que la magie du livre aurait un effet.

Ça fait à peine trois semaines, ça fait déjà trois semaines...

Et sinon, la vie de tous les jours suit son cours mais...

Les coups de fusil des chasseurs du dimanche matin étaient déjà anxiogènes, ils le sont plus encore...

Prendre les transports en commun en étant détendu (en temps "normal" c'est déjà difficile je le concède) est un travail sur soi assez fatigant.

On sursaute au moindre bruit fort...

Le coeur s'accélère quand on voit des gens courir vite tout à coup...

Les sirènes des ambulances, pompiers et police rythment les journées et on l'impression qu'il y en a beaucoup plus que d'habitude...

Les colis suspects sont de plus en plus fréquents...

Quand je marche dans Paris la nuit en sortant du métro, et que je traverse des rues peu fréquentées, je regarde encore les voitures qui ralentissent avec appréhension...

 

Je ne sais pas si c'est moi qui prends tout trop à coeur ou si c'est normal. En vérité, je me suis toujours fait des films sur tout depuis toujours, j'ai une imagination débordante quand il s'agit du pire.

Pourtant je continue à travailler, sortir, voir mes amis, prendre le métro, aller au cinéma, au spectacle... J'ai peur mais je n'ai pas peur. Je cherche du réconfort comme je peux. Lire les témoignages des pays qui vivent quotidiennement avec le terrorisme me donne du courage, c'est dingue d'écrire un truc pareil et pourtant...

Je me suis demandée s'il fallait complètement changer de vie, en profiter, claquer toutes ses économies (si seulement !), ne plus s'énerver pour des conneries... mais le quotidien ne nous attend pas, il continue à nous écraser de son implacable banalité, il nous entraine dans son sillage bien rodé et je suis le mouvement ... J'eus aimé qu'il en soit autrement... J'eus aimé que l'état d'urgence s'applique à ma façon de vivre...

 

Ça fait à peine trois semaines, ça fait déjà trois semaines... Je pense à eux, à nous...

Rédigé par Carole Nipette

Publié dans #humeurs

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Marie laure 04/12/2015 18:44

Même en province j'ai du mal avec les transports en commun bondés. Et je suis plus sensible aussi aux bruits des sirènes que je trouve plus fréquentes. J'y fais + attention je pense.

Carole Nipette 06/12/2015 23:31

On va devenir "aiguisés" au mauvais sens du terme :(

Lily 04/12/2015 09:23

Cest justement ce que je disais a seb hier deja 3 semaines seulement 3 semaines et la bie a repris ses droits .... pas vraiment rassuree mais envie et besoin de continuer a vivre malgre cette barbarie qui vontinue ailleurs et nous fait une piqure amere de rappel .... moi ce qui minsuiete plus c'est pas cette facilite que noys avons eu a reprendre notre vie l'etre humain est ainsi c est plutot et apres on fait quoi ils font quoi pleins de promesses colme en janvier mais je suis sceptique et j en viens a attendre la prochaine etape dans l angoisse bisous a toi et aux tiens et prenez soin de vous

Carole Nipette 06/12/2015 23:31

bisous et pareil, prenez soin de vous...