Mon cinéma de septembre 2020

Publié le 3 Octobre 2020

Effacer l'historique de Benoît Delépine et Gustave Kervern

"Dans un lotissement en province, trois voisins sont en prise avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller. Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Une bataille foutue d'avance, quoique..."

.
Une comédie sociale grinçante sur fond de crise, gilets jaunes et précarité.
Les combines pour s'en sortir, les crédits qui s'accumulent, les achats inutiles, les ventes sur le bon coin... mais aussi le harcèlement, les réseaux sociaux, l'addiction aux séries, l'ubérisation...
Toute ressemblance avec notre société n'est pas fortuite !
J'ai ri et ri encore mais sur le fond tout n'est pas drôle. Pas du tout déprimant par contre parce que les personnages réussissent toujours à faire pire ou à trouver la gnaque pour s'en sortir.
Blanche Gardin excelle dans son rôle de mère paumée qui a le don de se retrouver dans des situations compliquées. Denis Podalydés est touchant dans son rôle de père célibataire drogué aux crédits mais faisant tout pour aider sa fille harcelée sur Facebook. Quand à Corinne Maserio elle est un peu plus en retenue que d'habitude... ce n'est pas plus mal ! Et plein de grands acteurs aux petits rôles savoureux distillés tout au long du film !

Un trio solidaire qui s'est connu sur les ronds-points des gilets jaunes et qui s'entraide à chaque galère. C'est cette image qu'on garde à la fin, la solidarité, la tendresse et la résignation douce à accepter une réalité qui dépasse...
Comme quand on se dit "ça ira mieux demain" ou "on s'en sortira toujours"...

Enorme de Sophie Letourneur

"Ça lui prend d’un coup à 40 ans : Frédéric veut un bébé, Claire elle n’en a jamais voulu et ils étaient bien d’accord là-dessus. Il commet l’impardonnable et lui fait un enfant dans le dos..."

Claire est une pianiste de renommée internationale. Elle ne pense qu'à sa musique et a délégué toute l'organisation de sa vie, jusqu'à la prise de pilule, à Frédéric qui est un mari, un amant, un manager, un homme à tout faire...
Leur vie se déroule entre plannings de tournée et voyages incessants. Un enfant n'y aurait pas sa place...

Pourtant Frédéric décide tout seul qu'il veut un enfant de sa femme.
Toute la période où Claire est enceinte et ne le sait pas est très drôle parce que Frédéric doit ruser pour savoir déjà si elle l'est et pour qu'elle s'occupe un peu plus d'elle.
Ensuite ça devient plus compliqué et plus noir parce que c'est grave ce qu'il a fait, ça pose beaucoup de questions éthiques, ça casse une confiance de couple et plus...

Claire va devoir vivre avec ce ventre qui devient énorme et qui l'empêche de jouer du piano. Mais cet électrochoc va lui faire reprendre petit à petit le contrôle de sa vie qu'elle avait délégué jusqu'à nier sa personnalité. Tandis que Frédéric perd pied, obsédé par la grossesse et le bébé...
Quasiment tout le monde joue son propre rôle que ce soit à l'hôpital où dans les salles de spectacles et ça donne au film un aspect documentaire. Même la propre mère de Jonathan Cohen !
Le film est drôle et grave à la fois. C'est une histoire de multiples naissances, de bébé mais aussi d'adultes.
J'ai beaucoup ri, jaune parfois, je suis fan de Jonathan Cohen et de son bagout incroyable. Marina Fois est magnifique, effacée et sobre, comme son personnage...
J'ai trouvé la fin très belle, une éclosion, une renaissance...

Ema de Pablo Larraín

"Ema, jeune danseuse mariée à un chorégraphe de renom, est hantée par les conséquences d'une adoption qui a mal tourné. Elle décide de transformer sa vie."

J'aime beaucoup les films de Pablo Larraín et Gael García Bernal. J'ai totalement craqué sur l'affiche du film. Elle a suffit à m'intriguer avant même de savoir ce qu'était ce film.
Un peu déroutée au début, on met du temps à comprendre qui est qui et ce qui s'est passé avec l'adoption, la narration n'est pas conventionnelle.
Mais ce qui transpire tout de suite c'est la personnalité démente d'Ema (la révélation qui crève l'écran et le mot est faible, Mariana Di Girólamo) qui magnétise tout les gens autour d'elle mais aussi les personnes dans la salle.

Ema fonce, Ema vit comme elle veut, se donne les moyens d'arriver à ses fins... quitte à jouer avec les sentiments des autres et à nous bousculer dans nos convictions.
Un film qui interroge la maternité, à travers l'adoption mais pas uniquement. L'adoption, un engagement qu'on prend en couple et envers un enfant, envers des institutions aussi...

On assiste au cheminement complexe d'une femme qui veut être mère, qui n'a pas toujours pris les bonnes décisions et qui pense "réparer" à sa façon qu'on pourra trouver cruelle... Son couple, la danseuse avec son chorégraphe est empreint d'admiration réciproque et de névroses.

A côté de ça il y a la danse, la passion, la liberté totale. La liberté d'une jeunesse qui dévore la vie, les scènes d'abandon sexuel à deux ou plusieurs en parallèle avec les scènes dansées sont fascinantes, hypnotisantes et d'une sensorialité qui donne envie d'en être.
La liberté d'une femme qui joue avec le feu, littéralement parlant et ça donne des scènes magnifiques à l'écran.
Esthétiquement le film est sublime, jouant sur le feu,  la lumière, la danse, les chorégraphies et sur la figure d'Ema qu'on n'arrive pas à quitter des yeux...

La Daronne de Jean-Paul Salomé

"Patience Portefeux est interprète judiciaire francoarabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Lors d'une enquête, elle découvre que l'un des trafiquants n'est autre que le fils de l'infirmière dévouée qui s'occupe de sa mère. Elle décide alors de le couvrir et se retrouve à la tête d'un immense trafic ; cette nouvelle venue dans le milieu du deal est surnommée par ses collègues policiers "La Daronne"."

Un pur divertissement mené par la reine Isabelle Huppert.
Elle cache bien son jeu la frêle Patience, sous l'apparence fragile se cache un caractère bien trempé.

Un passé agité hors cadre légal entre ses parents et son ex mari décédé. On la sent nostalgique et elle replonge avec délice même si c'est dangereux. Au passage elle s'ouvre un peu plus aux autres, j'ai bien aimé la relation avec sa logeuse. Elle joue avec le feu et avec les sentiments de son patron et amoureux.

Y laissera-t-elle des plumes ? Un beau numéro d'actrice et si on aime Isabelle comme moi on est servi ! 

 

Rocks de Sarah Gavron
 
« Rocks, 15 ans, vit à Londres avec sa mère et son petit frère. Quand du jour au lendemain leur mère disparait, une nouvelle vie s’organise avec l’aide de ses meilleures amies. Rocks va devoir tout mettre en oeuvre pour échapper aux services sociaux. »
 
Rocks est une adolescente bien dans ses baskets, espiègle et bien intégrée dans sa bande de copines. Elles se connaissent depuis l’enfance. Elles sont d'origine et de religions diverses et la cohabitation coule de source. Quand la mère de Rocks se fait la malle, la jeune fille ne réalise pas vraiment, elle prend soin de son petit frère comme le ferait une maman. Leur relation est tendre et belle. La peur de se voir séparés lui fait jouer au chat et à la souris avec les services sociaux. Elle est obligée de dormir ailleurs, vivant de la débrouille et de la solidarité que font jouer les copines. Mais Rocks a du mal à extérioriser ce qu’elle ressent de cet abandon, elle perd un peu pied et entraine son petit frère dans une vie instable et dangereuse parsemée de rencontres pas toujours agréables… Il lui faudra accepter de lâcher prise afin qu’ils redeviennent tous les deux les enfants qu’ils sont...

Le film se déroule dans un Londres populaire, dans les quartiers excentrés de la ville mais ce n’est pas un film pathos, au contraire. On a affaire à une joyeuse bande de filles, une joie de vivre qui transpire de l’écran malgré les aléas de la vie, une amitié, une solidarité belle à voir… une belle vision des amitiés adolescentes.

Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal
 
« Des mois qu’Antoinette attend l’été et la promesse d’une semaine en amoureux avec son amant, Vladimir. Alors quand celui-ci annule leurs vacances pour partir marcher dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas longtemps : elle part sur ses traces ! Mais à son arrivée, point de Vladimir - seulement Patrick, un âne récalcitrant qui va l'accompagner dans son singulier périple… »
 
On part avec Antoinette (Laure Calamy dans son premier grand rôle au cinéma et j'en redemande !) dans les Cévennes sur les traces du chemin que Robert Louis Stevenson a fait en 1878 avec un âne, un must de la randonnée.
Antoinette est institutrice, la fille de Vladimir (toujours un plaisir de voir Benjamin Lavernhe) est dans sa classe, ceci explique la rencontre. Elle est très amoureuse et a envie de partager son bonheur avec les autres randonneurs qui la questionnent vivement parce qu’elle est seule en rando. Cela va donner de drôles de situations tout au long du film et des étapes, l’histoire d’Antoinette fait aussi son chemin...

La rencontre avec Patrick va entraîner Antoinette dans des territoires insoupçonnés, qu’ils soient physiques ou psychologiques. Un voyage insolite au bout d’elle-même en quelque sorte…

Va-t-elle retrouver Vladimir ? Va-t-elle réussir à faire avancer Patrick ? Tout est lié sinon ce ne serait pas marrant !

J’ai beaucoup ri car Patrick cache bien son jeu ! Il y a de belles scènes d’échanges entre Antoinette et ceux et celles qu’elle rencontre au cours du chemin mais aussi et surtout avec Patrick qui devient un confident, un psy et un "ami". Un film tendre, drôle, doux, simple qui m’a beaucoup plu. C’est un film qui ne prétend pas énormément au départ mais qui laisse une impression très agréable et qui fait un peu plus que divertir. Tout ça dans le magnifique décor naturel des Cévennes…

Les apparences de Marc Fitoussi

"Vienne, ses palais impériaux, son Danube bleu et… sa microscopique communauté française. Couple en vue, Ève et Henri, parents d’un petit Malo, ont tout pour être heureux. Lui est le chef d’orchestre de l’Opéra, elle travaille à l’Institut français. Une vie apparemment sans fausse note, jusqu’au jour où Eve découvre la liaison de son mari…"

Une description du milieu des expatriés qui parle bien de cette consanguinité malsaine dans laquelle ils évoluent. Ces riches expats français sont assez odieux et condescendants sans parler de l’hypocrisie qui règne en maitresse.

Eve est touchée de plein fouet par la tromperie de son mari mais avant toute chose il s’agit de ne rien faire paraître et de continuer à jouer le jeu surtout devant les copines.

Eve et Henri sont un couple qui se gère par rapport à la célébrité du chef : ses concerts, ses apparitions, ses voyages…C’est un personnage froid et égocentré, elle est en admiration dévote devant lui (on ne sait trop si c’est sincère ou si à force c’est pour la parade), une épouse dévouée et surtout aveugle car les moments qu’ils passent en famille ne sont pas très chaleureux même avec leur fils. Il ressort de tout ça beaucoup de froideur et peu d’émotions. C’est le bémol que je mets à mon ressenti d’ailleurs, même si j’ai apprécié le film (Karin Viard, Benjamin Biolay et Pascale Arbillot sont les raisons qui m’ont donné envie d’y aller), je l’ai trouvé bien trop glacial. Et j’ai détesté le personnage de la maitresse dont le jeu d’actrice de Lætitia Dosch m’a carrément horripilée.

Le film mêle les genres drame amoureux et thriller et donne au film un côté étrange mais qui va bien avec le fait que lorsqu’on est trompé, on peut facilement faire des conneries dont on sous-estime les conséquences sur nos vies et sur celle des autres.

C’est l’histoire d’un couple en perdition dont l’une tente absolument de sauver les apparences tandis que l’autre aurait envie de les envoyer balader ! Ces apparences qui pourrissent la vie de l’intérieur, qui nous enchaînent et nous étriquent… Le personnage de Eve est d’ailleurs intéressant à ce titre, elle vient d’un milieu populaire qu’elle renie sans cesse jusqu’à se perdre…

Lux Aeterna de Gaspard Noé

"Charlotte Gainsbourg accepte de jouer une sorcière jetée au bûcher dans le premier film réalisé par Béatrice Dalle. Or l'organisation anarchique, les problèmes techniques et les dérapages psychotiques plongent peu à peu le tournage dans un chaos de pure lumière."

Un hommage personnel et déjanté au cinéma entre références appuyées ou citations de Dreyer, Fassbinder... Le film démarre tranquillement avec une conversation très drôle entre Béatrice et Charlotte sur le métier et le sujet du film, les sorcières. Béatrice raconte des anecdotes savoureuses de ses tournages à Charlotte qui s'impatiente d'aller sur la plateau de tournage. Arrive un mec de LA ! qui veut proposer un film à Charlotte et là tout part en vrille. 

On va assister à une valse tourbillonnante entre une équipe technique et le casting, entrecoupée de parasites des plateaux de tournage. Rien ne va, rien n'est prêt, la réalisatrice s'engueule avec son chef op, Charlotte est perturbée par un coup de fil de sa fille, personne ne sait ce qu'il a à faire, c'est un gros bordel qui va finir par une scène où les actrices se transcendent quand le plateau se met à clignoter dans tous les sens, les sons et les lumières se mélangent, c'est complètement psychédélique...

Mais comme je n'ai pas réussi à voir les 10 dernières minutes, j'ai été bloquée dans cet élan de folie. Les images stroboscopiques et les sons stridents ont fait que j'ai été obligée de cacher mes yeux et de boucher mes oreilles (hyperacousie et mal aux yeux...) J'ai réussi à voir deux ou trois images de temps en temps mais pas plus... J'avais l'impression d'être en train de passer une IRM (c'est vraiment un examen que je déteste) en pire et ce fut assez douloureux pour moi physiquement... Voilà je n'ai pas vraiment vu la fin, je l'ai devinée. J'ai assisté à un objet cinématographique non identifié mais j'ai plutôt aimé hormis ce passage éprouvant...

Rédigé par Carole Nipette

Publié dans #Sorties culturelles... de maman - critiques cinéma.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Féelyli 05/10/2020 16:10

Beaucoup de films me tentent dans cette sélection, j'aimerais tellement trouver le temps d'aller aussi souvent que toi au cinéma !

sysyinthecity 05/10/2020 15:10

Énorme et Effacer l'historique, 2 films qui me tentent bien !

Maman Voyage 05/10/2020 10:11

Ici les cinémas risquent de tous fermés car au bord de la faillite. Comment est la fréquentation des cinémas à Paris ? En tout cas je suis impressionnée par le nombre de nouveautés alors qu'ici rien ne sort ! La France a la chance d'avoir un cinéma actif alors qu'en Angleterre ils attendent les blockbusters américains qui ne sortent plus..; Bref, le ciné ça me manque tellement et je continue de lire tes revues juste pour rêver...

Mademoiselle Farfalle 05/10/2020 10:08

Je ne connaissais pas Ema mais tu m'as donné envie de le voir!

Girls n Nantes 05/10/2020 09:42

coucou

toujours pas de cinéma ici mais énorme a fait pas mal polémique donc j en ai entendu parler
je pense qu on ira au ciné fin octobre pour reprendre un semblant de vie normale...