Syngué Sabour, Elefante Blanco, Flight / Revue de films

Publié le 2 Mars 2013

Syngué sabour affiche

 

Syngué Sabour, Pierre de patience de Atiq Rahimi

 

"En Afghanistan, une jeune femme veille inlassablement sur son mari, dans le coma après avoir reçu une balle dans la nuque. Elle ne sait même pas si il peut l’entendre, la sentir, la voir, ou même s’il est conscient. Dehors, dans Kaboul, les combats continuent. La femme met ses enfants en sécurité à l'autre bout de la ville, dans une maison close tenue par sa tante. Mais elle revient chaque jour pour s'occuper de son époux. Elle est alors forcée à l'amour par un jeune combattant. Contre toute attente, elle se révèle, prend conscience de son corps, libère sa parole pour confier à son mari ses souvenirs, ses désirs les plus intimes... L'homme gisant devient alors, malgré lui, sa "syngué sabour", sa pierre de patience - cette pierre magique que l'on pose devant soi pour lui souffler tous ses secrets, ses malheurs, ses souffrances... Jusqu'à ce qu'elle éclate !"

 

Atiq Rahimi, Prix Goncourt en 2008, a adapté lui même son roman. Un premier bon point pour ce film puisqu'il savait exactement où mener son personnage principal.

Dès le début, la sublime et douée Golshifeth Farahani, installe son personnage avec une intensité rare. La femme est inquiète, concernée par le sort de son mari, on craint avec elle pour son avenir. On sent la détresse d'une femme seule avec ses enfants qui se raccroche à son mari comateux impuissant mais c'est tout ce qui lui reste. Elle ne se résoud pas à le laisser malgré le danger permanent auquel elle doit faire face. Un sacré caractère qui affronte les situations au fur et à mesure qu'elles se présentent.

 

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Dès qu'elle commence à parler, à se livrer, elle comprend à quel point cette parole enfouie depuis trop longtemps est libératrice. Plus rien ne compte, il faut qu'elle parle, cela devient un besoin vital.

Une femme docile et soumise, à priori, qui d'habitude n'a pas voix au chapitre et qui enfin se sent libre de parler. Une situation à l'inverse des choses dans une société où l'homme est tout puissant.

Elle parle de tout et même de sexualité, le sujet tabou dans le couple par excellence. Elle en parle, elle le vit et elle s'ouvre à la sensualité, elle se découvre elle-même et nous finissons par découvrir une femme pas si soumise qu'on pourrait le croire.

 

Les images et la photo sont sublimes, j'ai adoré la façon dont sont filmées les scènes de combats de caille où l'on voit une foule d'homme réunie. Surréalistes tableaux vivants que ces moments qui contrastent avec le reste du film en mode huit clos.

Un film magnifique, puissant, bouleversant qui dresse le portrait d'une femme afghane mais qui est universel. Toutes les femmes s'y retrouvent, toute cette parole qui jaillit est familière.

 

 

 

elefante blanco affiche

 

Elefante Blanco de Pablo Trapero

 

"Le "bidonville de la Vierge" dans la banlieue de Buenos Aires. Julian et Nicolas, deux prêtres et amis de longue date, œuvrent pour aider la population. Julian se sert de ses relations politiques pour superviser la construction d’un hôpital. Nicolas le rejoint après l’échec d’un projet qu’il menait dans la jungle. Profondément choqué, il trouve un peu de réconfort auprès de Luciana, une jeune assistante sociale, athée et séduisante. Alors que la foi de Nicolas s’ébranle, les tensions et la violence entre les cartels dans le bidonville augmentent. Quand le ministère ordonne l’arrêt des travaux de l’hôpital, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres."

 

Au début du film, j'ai eu du mal à croire qu'on était en Argentine où je n'imaginais pas qu'il y ait les mêmes bidonvilles qu'au Brésil. Cette réalité là est moins souvent montrée au cinéma que la grande Buenos Aires et son style de vie à l'européene.

Réalité tellement dure que l'engagement de ces prêtres et autres travailleurs sociaux dans ces quartiers en perdition est encore plus fort. Elefante Blanco nous montre la foi dans ce qu'elle a de plus beau, l'engagement humain solidaire. Pas de bigoterie à outrance, une croyance en Dieu qui croit d'abord à l'être humain et qui y met tous ses espoirs même si on a tendance à penser qu'un drogué récidiviste est fichu d'avance.

J'ai bien aimé ce traitement qui donne une image posée et intéressante d'une religion. Loin des tracas qui agitent les religieux de tous bords aujourd'hui.

Nicolas, incarné par un Jérémie Rénier excellent, jeune père fougueux, prend les choses trop à coeur sans réussir à trouver le détachement nécessaire pour gérer les situations d'injustice ou de violence. Le film parle d'implication, pose les questions du comment faire taire ses intérêts personnels avant ceux de la communauté, comment et pourquoi s'oublier pour le bien d'autrui... Partir et laisser les gens se démerder serait si facile, la situation est tellement pourrie...

 

Le gros défaut du film est de partir dans tous les sens, d'aborder trop d'histoires en même temps ce qui laisse un sentiment d'inachevé à la fin. C'est un film sur la foi, mais aussi sur la transmission, sur la vie d'un bidonville avec ses régles et ses limites, sur l'hypocrisie des pouvoirs publics, sur le sens qu'on donne à sa vie...

Mais ceci n'empêche que j'étais dedans et que j'ai apprécié le film.

 

 

Flight affiche

 

Flight de Robert Zemeckis

 

"Whip Whitaker, pilote de ligne chevronné, réussit miraculeusement à faire atterrir son avion en catastrophe après un accident en plein ciel… L’enquête qui suit fait naître de nombreuses interrogations… Que s’est-il réellement passé à bord du vol 227 ? Salué comme un héros après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière être exposée en pleine lumière."

 

Denzel Washington est mon dieu, je l'aime depuis que j'ai vu Glory en 1989. Son interprétation m'avait bouleversée et marquée pour toujours. C'est un sacré acteur et même s'il n'a pas toujours joué dans de très bons films, le voir sur un écran de cinéma est toujours un plaisir pour moi. Voilà pourquoi je suis allée voir Flight.

 

J'ai été à fond la première demi-heure, toute la partie de l'accident, avant, pendant, après. C'est bien filmé, super suspense, on s'y croit et la prochaine fois que je monte en avion, s'il y a des turbulences je serais encore plus paniquée que d'habitude. Bravo, c'est réussi !

Puis le film se concentre sur la personnalité du pilote er aborde le gros sujet de l'alcoolisme. Celui qui détruit tout ce qui bouge autour de soi, celui qui fait perdre le fil de sa vie, celui qu'on ne veut pas reconnaître malgré le constat sans appel. Denzel Washington est extra, il montre bien les turpitudes et les tourments que son personnage rencontre mais le film ne peut s'empêcher de traiter le sujet comme d'habitude. L'alcoolique qui ne veut pas l'admettre, qui commet le pire, qui traite mal sa famille, qui joue les victimes, qui replonge quand on croit qu'il en sort et qui va devoir payer pour être rédempté. C'est dommage, j'ai été un peu déçue du coup que ça prenne une tournure très classique sur le sujet.

Pas un mauvais film mais je m'attendais à plus fort.

Rédigé par Carole Nipette

Publié dans #Sorties culturelles... de maman - critiques cinéma.

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ratounette 05/03/2013 09:49


bon alors étant en vacances je vais enfin pouvoir aller au cinéma.. seulement le grand veut venir avec moi.. j'oublie donc Django Unchained et on va voir Boule&Bill... oui je sais hein...


les deux premiers de ta liste me tentent bien mais je pense que je vais attendre que ça passe à la télé ou alors je me debrouillerais autrement!

eimelle 04/03/2013 07:45


cela fait plusieurs excellentes critiques que je lis de Syngué Sabour, il faut que je me décide à y aller! Bonne journée!

filou49 03/03/2013 21:24


Ah ,c'est fou comme on est attirés par les memes films ou presque tous les 2 : j'ai vu 2 de ces 3 films et le dernier, ou plutot le premier de ta liste, singue sabour, jétais parti pour le voir
et je me suis juste trompé d'horaires et j'ai remis ma projection à plus tard en espérant que le film passe toujours sur Lyon...


en tout cas je suis plus enthousiaste que toi sur les 2 autres films : j'ai beaucoup aimé et elefante blanco et flight, deux films pourtant différents dans leur traitement, mais qui sont, chacun
à leur manière du très bon cinéma sur des sujets qui m'interpellent fortement.... je trouve d'ailleurs que mes sorties ciné de février sont très bonnes ( bon à part le film de Rouan ne revenons
pas la dessus :o et dans une moindre mesure le De Palma dont je parle bientot)...esperons que les mois à venir soient du meme tonneau,en tout cas 2013 part à mes yeux bien mieux que 2012... bonne
fin de we Nipette...

Carole Nipette 04/03/2013 23:59



:) je vais le plus souvent voir les films que j'aurais plus de mal à voir en DVD ou à la télé... mais quand j'ai le temps je me fais un film plus populaire comme Flight ! j'ai bien aimé hein les
deux derniers mais il manquait un truc...


pas vu le De Palma et j'irais pas c'est trop tard !