Mon cinéma de Novembre / 2021

Publié le 5 Décembre 2021

Suprêmes de Audrey Estrougo
 
1989. Dans les cités déshéritées du 93, une bande de copains trouve un moyen d’expression grâce au hip-hop tout juste arrivé en France. Après la danse et le graff, JoeyStarr et Kool Shen se mettent à écrire des textes de rap imprégnés par la colère qui couve dans les banlieues. Leurs rythmes enfiévrés et leurs textes révoltés ne tardent pas à galvaniser les foules et … à se heurter aux autorités. Mais peu importe, le Suprême NTM est né et avec lui le rap français fait des débuts fracassants !
 
Le film s’ouvre sur le discours de F. Mitterrand sur les banlieues et l’espoir qu’on donne aux jeunes. Déprime de constater que les discours continuent et que rien ne change.
La naissance des NTM est resituée dans le contexte, le hip hop venu des US qui prend bien en France, les violences policières et «bavures » tristement célèbres, le racisme...

Joey Starr est foufou, grande gueule, écorché vif et ne file pas dans le droit chemin tandis que Kool Shen habite avec ses parents et travaille. Ils rêvent à autre chose. Joey cherche sans arrêt l’approbation de son père qui l’a élevé à la très dure. Son impétuosité est contrebalancée par le calme et la raison de KS. Mais il est souvent ingérable, c’est un miracle que le groupe ait réussi à durer à l’époque.
Cet esprit des banlieues, la solidarité car la galère ensemble ça soude, ça donne un groupe, une bande, des frères et les débuts à 20 sont folkloriques.

On suit les NTM depuis leur première scène au Globo (OMG que de souvenirs dans cette boite de nuit !) Puis la tournée des MJC dans lesquelles des mecs du 93 ne sont pas toujours les bienvenus. Les scènes de concert sont électrisantes.

Malgré tout ce qu’il y a autour comme les bastons et les pétages de plomb, NTM a donné une voix aux banlieues et à ses habitants.
J'ai surkiffé ce film au côté nostalgique. Le duo d'acteurs Theo Christine et Sandor Funtek est phénoménal ! J'ai adoré aussi le duo de managers.

De son vivant de Emmanuelle Bercot
 
Un homme condamné trop jeune par la maladie. La souffrance d’une mère face à l’inacceptable. Le dévouement d’un médecin (le docteur SARA dans son propre rôle) et d’une infirmière pour les accompagner sur l’impossible chemin. Une année, quatre saisons, pour « danser » avec la maladie, l’apprivoiser, et comprendre ce que ça signifie : mourir de son vivant.
 
 
L’annonce, le choc, un médecin qui parle vrai, ne minimise pas, ne donne pas de faux espoirs ce qui est dur à entendre car malgré tout, on a toujours de l’espoir non ?

La vie devient alors de la survie.
Accepter, se sentir impuissant, se laisser déposséder de tout pour attendre la fin inéluctable.
Comment préparer son départ ? Comment ne pas avoir peur ?

Benjamin, tant qu’il est encore vaillant, continue à travailler et projette dans son métier de prof de théâtre. Ce qui donne de magnifiques scènes de répétition sur le thème de l’adieu, de la mort.

Entouré par sa mère, désespérée et dans une forme de déni, qui s’investit forcément trop, Benjamin explore cette relation mère-fils qui n’est pas aussi idyllique qu’elle paraît.
Il affronte son passé tout en se questionnant sur le sens de sa vie, l’a-t-il ratée ? Partir en paix, ça veut dire quoi ? Que laisse-t’il derrière lui ?

Benoit Magimel est époustouflant de sensibilité et de réalisme. Et puis, ce médecin hors norme (le vrai Dr Sara) qui s’occupe aussi bien de ses patients que de son personnel est un cadeau pour l’humanité. Il y a tout un beau discours autour de l’accompagnement des malades, une empathie et un intérêt qu’on aimerait voir partout.

Un film magnifique et bouleversant qui parle de la fin de vie comme une vraie partie de la vie… Evidemment j’ai pleuré mais pas autant que je pensais...

 

House of Gucci de Ridley Scott
 
À la fin des années 1970, l’empire italien de la mode est à un tournant critique de son histoire : rumeurs de malversations financières, innovation en berne et
dévalorisation de la marque. Le groupe est dirigé par les deux fils du fondateur – Aldo, personnage rusé et haut en couleur, et son frère Rodolfo, beaucoup plus froid et traditionnel. Ils ont chacun un fils, Paolo qui veut être styliste et Maurizio qui étudie le droit. C’est alors que Maurizio tombe amoureux de la ravissante et manipulatrice Patrizia Reggiani et, contre l’avis de son père, décide de l’épouser...

 
Quand l’exubérante Patrizia rencontre le timide Maurizio, ça fait des étincelles. Elle lui apporte de la fantaisie et de la fraîcheur. Cette union déplaît évidemment au patriarche, éternel conflit de générations, conservatisme/modernité.

Difficile de dire si Patrizia est sincère, elle est en tout cas très patiente et déterminée. Elle s’investit dans Gucci pour le luxe qui va avec clairement mais on sent son intérêt pour cette entreprise qui n’a pas su évoluer et dont elle voit le potentiel. Elle a un sens du business avisé, tant pis s’il faut écraser la famille au passage.
Elle est très attachée à son mari, le film raconte avant tout une histoire de couple. Mais Maurizio va se lasser de ce tempérament de feu.

Je ne connais pas toute l’histoire, il y a pas mal de raccourcis (trop de coupures au montage ?), d’omissions importantes, d’ellipses dans le temps, de problèmes de timing mais malgré ses défauts, j’ai passé un bon moment sans m’ennuyer devant cette saga grandeur et décadence de Gucci, trahisons et belles villas en pagaille.

Lady Gaga m’a bluffée, Adam Driver montre encore une nouvelle facette de son jeu, Al Pacino est plus vrai que nature, Camille Cottin sublime en femme fatale… Même si j’ai admiré la performance de Jared Leto en Paolo, je n’ai pas aimé le personnage qu’il en a fait, bouffon insupportable et pathétique.
Une BO disco et pop très agréable.

Les magnétiques de Vincent Maël Cardona
 
« Une petite ville de province au début des années 80. Philippe vit dans l’ombre de son frère, Jérôme, le soleil noir de la bande. Entre la radio pirate, le garage du père et la menace du service militaire, ils ignorent qu’ils vivent là les derniers feux d’un monde sur le point de disparaître. »
 
Une douce voix off nous cueille le soir de l’élection de François Mitterrand, on est en 1981. C’est la voix de Philippe (Thimothée Robart intense et attachant), un grand jeune homme réservé qu’on n’entend pas lorsqu’il est avec les autres mais qui a tellement à dire. 
Sur lui, sur son frère qu’il vénère, sur ses parents, sur la fille qui l’attire et sur sa passion de la radio. Philippe, le timide qui se métamorphose dans son studio de mixage et développe une créativité folle, ça donne de magnifiques scènes virtuoses.
 
A travers son portrait, c’est un certain sentiment de mal être d’une jeunesse des campagnes qui est exploré. Entre un grand frère qui ne se sent pas à sa place, un père qu’on prend pour un con et un avenir qui semble bouché par l’héritage social et familial, est-il possible de sortir du schéma « de père en fils » inculqué à une jeunesse aux espoirs ternis ?
 
C’est l’époque des radios libres, de la new-wave, du service militaire qu’on a connu à travers nos frères, nos copains et amoureux. Ah obtenir le fameux sésame P4 pour ne pas partir et tout quitter durant un an.
Une époque que j’ai vécu quelques années plus tard, les références me parlent, les débuts de Joy Division via la radio et une incursion dans le Berlin Est underground m’ont donné des bouffées d’adrénaline.

C’est un film générationnel mais qui peut se transposer à toutes les époques.
Et cette phrase typique d’une jeunesse désabusée mais bouillonnante « c’est pas la politique qui va changer le monde, c’est la musique, c’est l’art… » J’ai beaucoup aimé ce film sensible et nostalgique.
Un premier film du réalisateur qui donne envie d'un autre !

 

Haut et fort de Nabil Ayouch

"Anas, ancien rappeur, est engagé dans un centre culturel d’un quartier populaire de Casablanca. Encouragés par leur nouveau professeur, les jeunes vont tenter de se libérer du poids de certaines traditions pour vivre leur passion et s’exprimer à travers la culture hip hop…"
 
C'est la classe de hip hop du rappeur Anas Basbousi (Bawss) qui a inspiré le film.
Tout le monde joue son propre rôle dans ce centre culturel de Sidi Moumen, quartier pauvre de Casablanca.
Haut et fort sonne comme un documentaire ou de la télé réalité de qualité.
L’expression par le rap pour faire sortir les émotions, le rap comme un moyen de dire ce qu’on a sur le cœur. Le rap pour oser s’affirmer face à sa famille, face à la société, face aux hommes, face aux religieux. Le rap pour s’évader et une magnifique scène où Smail chante et dit « ça m'a fait voyager."

Peut-on tout dire d’ailleurs au Maroc aujourd’hui ? Le débat va s’inviter et chacun pourra donner son point de vue sur tous les sujets : politique, attentats, condition féminine, religion…

A travers les paroles, se dessine une photographie d’un pays qui valse entre traditions et modernité, une société partagée et le film dresse le portrait d’un pays à travers sa jeunesse.
Des paroles qui sonnent vrai et plus fort quand on les entend raper sur leurs propres vies et vécus.
Ces jeunes qui ont des vies simples avec des situations familiales qui ne le sont pas toujours. « Ce destin sent le moisi, je l’ai pas choisi… »

Les aspirations et les espoirs d’une jeunesse trop bridée mais qui entend porter une nouvelle voix-e, qui ne veut pas qu’on lui dicte son avenir. Le rap comme moyen de faire évoluer les mentalités, mais est-ce possible ? Quand on voit les fantasmes des intégristes pour qui une fille qui danse est forcément nue…
 
Un film à l’énergie communicative avec de bons morceaux de rap. Des comédiens rappeurs attachants et sincères.
Mon seul bémol c’est que j’aurais aimé en savoir plus sur Anas qui ne se livre pas beaucoup.

Compartiment n°6 de Juho Kuosmanen
 
"Une jeune Finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique à Mourmansk. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d'improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose."
 
Laura, étudiante en archéologie, quitte Moscou et son amante Irina qui devait l’accompagner, pour voir des pétroglyphes en mer arctique. Elle prend le train de nuit et partage son wagon avec Ljoha, un jeune russe patriote et porté sur l’alcool.

On s’attend au pire mais on se doute que ces deux-là vont se rapprocher au fil du voyage, le partage d’une intimité durant des jours et des nuits n’est pas anodin. C’est le chemin emprunté pour ce faire qui compte.
 
Un long voyage dans la Russie polaire des années 90, au bout de la nuit dans le Transsibérien, train qui alimente les fantasmes et la littérature.
Laura est toujours sur le qui-vive mais on la sent fascinée par Ljoha et sa capacité à vivre l’instant sans réfléchir. Il est attendrissant sous ses allures de brute.
Ils viennent de 2 mondes que tout oppose mais dans le fond est-elle si différente ?
Au fil du film et du voyage, Laura se laisse aller et laisse aller ce qui la retenait à Moscou. On se demande si elle poursuit une chimère avec ses pétroglyphes et son amour pour Irina.
Elle redécouvre sa vraie nature. Ljoha la ramène sur terre. Leurs deux solitudes se noient dans l’alcool, les rires, peut-être un amour naissant ou juste une belle amitié…
 
Au gré des arrêts plus ou moins longs sur des quais déprimants, des villes éteintes, des rencontres pas toujours heureuses, il se tisse quelque chose de fort et de bouleversant.
Laura et Ljoha se quittent, se retrouvent, accomplissent une quête, se quittent, se retrouveront ?

Un road movie sur les rails, tendre et émouvant qui défile au son de « Voyage, voyage » de notre Desireless nationale, chanson à la fois entrainante et nostalgique qui symbolise bien l’état d’âme des personnages.

 

L’événement de Audrey Diwan
 
France, 1963. Anne, étudiante prometteuse, tombe enceinte. Elle décide d’avorter, prête à tout pour disposer de son corps et de son avenir. Elle s’engage seule dans une course contre la montre, bravant la loi. Les examens approchent, son ventre s’arrondit.
D’après le roman autobiographique de la grande Annie Ernaux.
 

Anne est seule dans son malheur, elle ne peut ni se confier ou alors à ses risques et périls, ni avorter dans un environnement safe. Elle devient tout de suite obsédée par sa situation et ne parvient plus à se concentrer sur ses études. Etudier, la seule façon pour elle de sortir de sa condition sociale et de femme, de s’émanciper dans une société conservatrice et peu tendre avec les femmes.

Elle en veut à la terre entière, devient agressive, elle en veut à cette société qui l’empêche de vivre, elle est impuissante et cela crée un sentiment de rage. Une société où le désir doit être étouffé et où beaucoup de jeunes se retiennent de laisser libre cours à leurs envies. Les semaines passent et malgré le peu d’aide qu’elle reçoit, elle est de plus en plus déterminée.
 
Une mise en scène et une description clinique et froide de l’époque et du sujet. La caméra est resserrée sur Anne, elle est centrale et isolée à la fois.
Je reconnais plein de qualités à ce très bon film pourtant il n’a pas eu celle de m’émouvoir plus que ça. C’est peut-être voulu dans un sens, on se focalise sur le sujet plus que sur le personnage sans s’apitoyer. Sa situation est intolérable, elle est néanmoins universelle. Ma non empathie est due à la façon dont j'ai perçu Anne elle-même, alors que je compatis et + à ce qui lui arrive et que je hais comment on la traite.

Une chronique sociale sans concessions, un film éminament politique, tous les rappels de nos acquis et de nos droits sont nécessaires et à défendre.
 
« Vous étiez malade ? … lui demande son professeur… « d’une maladie qui ne concerne que les femmes » répond-elle…

 

Many saints of Newark – Une histoire des Soprano de Alan Taylor
 
« Avant d’être une légende du crime, Tony Soprano a fait ses gammes auprès de son oncle, Dickie Moltisanti. Dans un contexte explosif de guerre des gangs, cet intraitable parrain a ouvert les portes de la mafia à son neveu. »
 
Je fais partie des fans de la série époque Canal Jimmy. Les Soprano reste dans mon panthéon de l’histoire des séries, je ne pouvais pas louper ce film.

Si vous n’avez pas vu la série, on se fait spoiler dès le début sur le sort de Christopher, le neveu de Tony qui sert de voix-off pour raconter l’histoire de sa famille.

Le film est un peu bancal, il part dans toutes les directions et de Tony Soprano on ne voit pas tant que ça. On suit plutôt son oncle, son mentor Dickie Moltisanti.
Dans la première partie, Tony enfant grandit dans un milieu mafieux et macho. Il observe de loin, son père est envoyé en prison pour 4 ans, ce qui le rapproche encore de son oncle. Il a un fort rapport à sa mère.

Puis à l’adolescence, toujours en admiration devant son oncle, on sent qu’il rêve d’une autre vie, plus rangée mais il sera rattrapé malgré lui par son héritage familial.

Le film montre aussi les liens du crime entre les communautés et le racisme ambiant anti-noir des italiens dans le contexte des sanglantes émeutes raciales de Newark en 1967, cela sert de toile de fond à tout le film. Il y a d’ailleurs une scène forte sur un morceau de Gill Scott Heron « Your soul and mine », elle m’a marquée.
 
Le film tente de brosser les éléments fondateurs de la vie et la carrière de Tony Soprano. La tentative manque un peu de sel à mon goût mais le film est stylé avec une BO géniale et révèle Michael Gandolfini (c’est fou ce qu’il ressemble à son père) que j’ai trouvé charismatique.

Un moment agréable malgré mes réserves mais une seule envie à la sortie, revoir la série !

Albatros de Xavier Beauvois
 
"Laurent, un commandant de brigade de la gendarmerie d’Etretat, prévoit de se marier avec Marie, sa compagne, mère de sa fille surnommée Poulette. Il aime son métier malgré une confrontation quotidienne avec la misère sociale..."

On suit une brigade de la gendarmerie d'Etretat et en particulier Laurent (impeccable et touchant Jérémie Renier), heureux à la ville comme à la maison. Il est issu d'une famille de marins, la mer est très importante pour lui comme pour beaucoup dans cette région.

La première heure du film m'a beaucoup plue. Xavier Beauvois filme un quotidien qui paraît juste, réaliste, sans exagération et pourtant certaines situations sont affreuses. Avec pudeur et compassion, il prend le temps de nous montrer cette vie en province proche des gens même si on doit les arrêter, cette solidarité de brigade, des moments partagés dans la simplicité, le travail de terrain. Plusieurs gendarmes jouent leur propre rôle mais Jérémie Renier, Victor Belmondo et Iris Bry se fondent bien dans le décor.

Il aborde aussi la situation et le malaise des agriculteurs, un sujet dont le cinéma s'empare depuis quelques années.

Puis arrive un drame qui met Laurent en état de sidération. Il est dépassé par son acte et sombre peu à peu. Il va devoir accomplir un cheminement très personnel en relation avec la mer, la tradition familiale... Comment peut-il se pardonner ?
Le salut viendra t'il de là ?

J'ai moins accroché à cette deuxième partie, le film semble coupé en deux et pour moi ça n'a pas toujours marché même si la fin, magnifique, m'a émue.
Un film que j'ai aimé, mais pas totalement.

Haute Couture de Sylvie Ohayon
 

« Première d’atelier au sein de la Maison Dior, Esther prépare sa dernière collection Haute Couture avant de prendre sa retraite. Elle se fait voler son sac dans le métro par Jade, 20 ans. Mais celle-ci, prise de remords, décide de le lui rendre. Séduite malgré elle par l’audace de la jeune fille et convaincue qu’elle a un don, Esther lui offre la chance d’intégrer les ateliers Dior comme apprentie. »
 

Une rencontre électrique entre 2 femmes que tout semble opposer, une relation aussi compliquée à construire qu’une robe de haute couture, il faut faire dans la dentelle. Leurs échanges font souvent des étincelles, c’est drôle et percutant.
Esther touchante et énervée, seule, nostalgique et Jade portée par sa colère, celle de venir d’une cité, celle d’être jugée en permanence, cette d’avoir une mère malade… Comme le lui dit son amie Souad  « t’es pas française, t’es banlieusarde ». Tout est une question de regard des autres et sur soi, quand est-ce que ça va changer ?
 
Magnifique duo d’actrices entourées par des seconds rôles qui le sont autant.
 
Au sein de l’atelier, tout le monde s’observe, les préjugés de tous les côtés ressortent. Les coutumes, le quotidien d’un grand atelier de couture, les méthodes de travail, la difficulté d’avoir une vie privée… Images sublimes de robes et d’essayages.

Esther tente d’inculquer la valeur du travail, ce que signifie d’avoir un métier, la beauté du geste. Une belle histoire de transmission. Jade résiste et on sent la frustration de voir un potentiel gâché et l’envie de le voir se développer. Puis apparait à Jade un monde des possibles et d’autres univers. Elle peut enfin se projeter dans l’avenir ce qui est nouveau pour elle.
Le film aborde aussi la condition de la mère, les rapports mère fille, la façon dont ils peuvent se construire ou se détruire.
 
Une histoire inspirée par la vie de Sylvie Ohayon, pas originale sur le fond et des choses non exploitées dans le scénario.

Mais cela n’a pas entamé mon avis + que positif sur ce film qui m'a vraiment émue.
Ce n'est pas une histoire inédite mais racontée avec cœur, humour et amour 😍 et je le redis toutes les actrices sont excellentes.

Cry Macho de Clint Eastwood
 
« Mike, star déchue du rodéo, se voit confier une mission a priori impossible : se rendre au Mexique pour y trouver un adolescent turbulent et l’amener jusqu’au Texas. Il lui faudra pour cela affronter la pègre mexicaine, la police et son propre passé. »

Les deux lignes de résumé laissent à penser qu’on va voir de l’action mais pas du tout, enfin pas beaucoup.
Le film va au rythme de Clint Eastwood et de ses 90 ans, qu’il porte très bien (j’espère être comme lui à son âge !) mais il bouge lentement, il fait attention à ses gestes, sa voix est éraillée et même son débit de paroles est lent.
C’est cela qui m’a émue beaucoup plus que le film que j’ai trouvé assez niais dans le traitement de son sujet, beau sujet de base pourtant.
Le film ne m’a pas ennuyée, les images sont magnifiques mais pas grand-chose ne va dans les situations.

J’ai voulu le voir Cry Macho parce que je pense que c’est son dernier et que Clint fait partie de l’histoire du cinéma, il a démarré avec des westerns dans les années 60, il est toujours là en 2021 tant qu’acteur et réalisateur, en étant passé par tous les genres.

Tout le film j’y ai vu une sorte d’adieu, le crépuscule de sa longue et belle carrière. Beaucoup de répliques qui font référence à ses rôles et à lui-même, au mythe du cowboy, au rêve américain... Comme il dit "I used to be a lot of things that I’m not anymore".

En cela Cry Macho est émouvant et surtout la fin… Une fin choisie, un endroit paisible avec de l'amour à prendre et à donner, un endroit idéal pour finir ses jours… au cinéma ou dans la vie.

 

Aline de Valérie Lemercier

"Québec, fin des années 60, Sylvette et Anglomard accueillent leur 14e enfant Aline. Dans la famille Dieu, la musique est reine et Aline a une voix en or. Lorsqu’il entend cette voix, le producteur Guy-Claude n’a plus qu’une idée en tête… faire d’Aline la plus grande chanteuse au monde. Epaulée par sa famille et guidée par l’expérience puis l’amour naissant de Guy-Claude, ils vont ensemble écrire les pages d'un destin hors du commun."

J'ai des goûts pas toujours grand public avec les films que j'aime mais je me considère comme bon public. Et là avec Aline porté aux nues de toute part, ça n'a pas pris.
Je ne suis pas fan de Céline Dion, j'aime quelques chansons mais ça n'a pas joué sur mon ressenti.

Je n'arrive pas totalement à mettre le doigt sur cette sensation bizarre qui ne m'a quasi pas quittée durant les 2h, d'ailleurs c'était long.

Mes + : l'aspect famille unie et aimante bien montré, l'histoire d'amour émouvante d'Aline et Guy-Claude (épatant Sylvain Marcel), les échanges drôles entre la mère d'Aline et GC... Sylvette (Danielle Fichaud) est un sacré personnage et sa relation avec Aline est très belle.

Bravo à Victoria Sio qui chante magnifiquement cependant j'ai préféré la BO hors Céline qui est géniale. En sortant du ciné ce n'est pas une chanson de la star que j'avais dans la tête.

Mes - : je n'ai pas beaucoup ri, le début m'a ennuyée, Valérie Lemercier qui joue Aline à tous les âges un parti pris trop space, j'ai senti l'imitation dans les scènes où Aline pose ou répond à la presse même si le plaisir de l'actrice est évident.

Je garde qq beaux moments comme la scène sur Going to a town @rufuswainwright mais cette chanson rend n'importe quelle scène sublime.

Malgré mes réserves je trouve que Valérie Lemercier a réussi à dresser un portrait attachant de la star. C'est plus un film sur la vie, les relations humaines que sur la carrière.
Voilà je n'ai pas ressenti quelque chose de fort ni été emballée plus que ça mais je reconnais la prouesse de Valérie Lemercier sur son sujet.

Memoria de Apichatpong Weerasethakul
 

Au lever du jour j'ai été surprise par un grand BANG et n'ai pas retrouvé le sommeil. A Bogota, à travers les montagnes, dans le tunnel, près de la rivière. Un Bang.
 
On me dira peut-être que je suis une cinéphile de pacotille mais c’est mon premier film d’AW. Je n’avais pourtant pas vraiment envie de le voir, je me suis motivée.
On suit Jessica, cultivatrice d’orchidées, expatriée en Colombie. Elle entend tout le temps le même son et cherche à le reproduire, pour le comprendre ? A-t’elle des hallucinations auditives ? A travers ses rencontres dans le pays, elle tente de retrouver l’origine de ce bang. Vu le titre du film Memoria je me suis dit qu’il y avait un rapport avec l’oubli, la mémoire individuelle ou collective.

Jessica était en quête de sens et de sons, moi j’étais en quête d’émotions. Avons-nous été comblées ? Pour elle il faudra aller voir le film si tant est que l’on puisse avoir une réponse car selon les fans il faut se laisser porter sans chercher à comprendre.

Quant à moi ce n’est pas tant de l’ennui mais surtout de l’indifférence que j’ai ressenti. Désintérêt pour l’histoire, pour les personnages et les situations, ambiance triste, rien n’a parlé à mon être.

Par contre on a l’impression d’être dans une autre dimension, on navigue entre les morts et les vivants dans une ambiance « fantastique » et c’est clairement une expérience sensorielle et visuelle. Que je compare à une installation vidéo qu’on peut voir dans les expositions d’art contemporain à la différence qu’ici elle dure 2h16.
J’ai pensé à Bill Viola que j’adore si ce n’est que je ressens mille fois plus en regardant ses installations vidéos à lui.

J’ai néanmoins envie de voir un second film pour me faire un avis définitif sur le cinéma d’AW.

 

On est fait pour s’entendre de Pascal Elbé
 
Antoine semble n’écouter rien ni personne : ses élèves qui lui réclament plus d’attention, ses collègues qui n’aiment pas son manque de concentration, ses amours qui lui reprochent son manque d’empathie... Et pour cause : Antoine est encore jeune mais a perdu beaucoup d’audition.
 
Antoine est dans le déni pendant trop longtemps et quand il met ses prothèses auditives il se rend compte que la vie peut être plus belle. Il doit s’adapter au "bruit" et à la sensibilité accrue des prothèses mais doit aussi réapprendre à écouter les autres, les deux sont compliqués, il choisit parfois de rester dans sa bulle de silence ce qui a des conséquences sur ses relations professionnelles et sociales.

Une émouvante scène de coming out, se considérer comme handicapé et l’avouer aux autres est un long processus. Antoine va t'il réussir à vivre avec sa condition de malentendant ?
La rencontre avec Claire et sa fille qui elle ne parle plus, va faire sortir Antoine de sa zone de confort auditive et de ses retranchements.
Une comédie romantique sympathique feel good avec un duo qui s’entend parfaitement, Sandrine Kiberlain et Pascal Elbé. Et François Berléand, un meilleur ami très convaincant.

 

Amants de Nicole Garcia
 
Lisa et Simon s’aiment passionnément depuis leur adolescence. A la suite d’une soirée qui tourne mal et dont l’issue n’est autre que la prison pour Simon, il décide de fuir. Lisa attend alors des nouvelles de Simon qui ne viendront jamais.
 
On sent l’envie d’avoir voulu faire un vrai film noir, il y a une atmosphère qui s’installe et une tension qui monte. Mais j’ai trouvé les personnages peu sympathiques, je ne me suis attachée à aucun.
Trop de froideur se dégage du film et de l’histoire d’amour. Sans compter les coïncidences trop fortes pour être vraisemblables.
Un beau trio d’interprètes mais ça ne m’a pas suffi. Déception pour moi au final malgré mon amour pour Nicole Garcia.

Rédigé par Carole Nipette

Publié dans #Sorties culturelles... de maman - critiques cinéma.

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D
Bonsoir, que de films vus pour novembre. J'avoue que moi qui vais souvent au cinéma, je n'en ai vu que deux de ta liste : Haute-couture (j'ai été déçue) et Compartiment n°6 (très bien, il fait partie de mon top 15 de cette année). Les autres ne m'ont pas tentée pour différentes raisons. Bonne soirée.
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C
Le ciné c'est mon loisir n°1 :) étant en vacances il y en aura encore plus en décembre ;) bonne soirée également !
W
De son vivant et House of Gucci sont deux films que j'aimerai beaucoup voir
Répondre
G
la saga sur Gucci fait couler beaucoup d'encre en ce moment
il me tente bien ce film !
Répondre
C
Rien que le casting fait beaucoup parler !
S
De son vivant est sur ma liste, et House of Gucci ma grande est allé le voir , elle a beaucoup aimé !
Répondre
M
Dans ta liste, j'aimerais voir House of Gucci et l'Evenement. Mais en ce moment, LE film que je veux voir c'est le dernier Almodovar <3
Répondre
C
Je l'ai vu le 1er décembre, il sera dans la récap de décembre ;) et je te comprends j'y suis allée à la première séance le jour de la sortie !
L
Pas de ciné en novembre pour nous, ca devait être octobre et c'était la famille Adams 2, en décembre j'emmène ma grande voir Encanto ou tous en scène 2!
Répondre
C
Tous en scène 2 j'ai envie de le voir !