Mon cinéma de décembre

Publié le 2 Janvier 2022

Une année cinéma perturbée puisque qu'elle a eu lieu de mi-mai à fin décembre uniquement. J'ai essayé d'aller voir autant de films que possible avec mon emploi du temps soit 85 films vus en salle en 2021. J'ai entamé le mois avec Madres Paralelas et je l'ai fini avec Tromperie.

Je me souhaite encore plus de cinéma en 2022 !

Madres paralelas de Pedro Almodóvar
 
"Janis et Ana, sur le point d’accoucher, se rencontrent à l'hôpital. Elles sont toutes les deux célibataires et sont tombées enceintes par accident. Les quelques mots qu'elles échangent pendant ces heures vont créer un lien très étroit entre elles…"

                                                      
Almodóvar est un conteur hors pair. Il a ce talent de raconter des histoires magnifiques, bouleversantes, romanesques en mettant toujours l’humain au centre.
On retrouve certains thèmes chers au cinéaste, les mères, l’instinct maternel, la symbolique du théâtre comme miroir et même si ça l’était en sous-texte dans quelques films, le passé du pays et la guerre civile qu’il aborde frontalement pour la première fois.

Dans ses films depuis 40 ans, il raconte l’Espagne surtout à travers les femmes et ici encore elles sont magnifiées. Janis (Penelope Cruz sublime, fascinante et admirable) est photographe mais elle travaille sur la mémoire historique en voulant ouvrir une fosse commune pour rendre aux femmes de sa famille et de son village, leurs hommes tués par les phalangistes, leur donner une sépulture.
Je n’ai pas envie de raconter plus que ça sur les situations maternelles de Janis et Ana (Milena Smit dont le regard la fragilité ne s’oublient pas), il faut voir le film sans savoir où l’on va…
Il y a une relation entre les deux femmes qui évolue, est intense et qui interroge sans cesse le sentiment et l’instinct maternel.
 
Pour moi le film est un hommage aux mères célibataires et aux femmes qu’on a privé de maris, de fils, des histoires de mères en filles…

Tout est lié, les histoires du présent, de transmission, de naissances, d’ADN et l’Histoire, le passé, les traumas de la guerre civile qui influent sur les enfants et petits-enfants à divers degrés. C’est aussi de réconciliation qu’il s’agit, la fin est magnifique… On fouille le passé pour réécrire le présent.

La mise en scène de Almodóvar toujours parfaite, les fondus, la musique… Un mot aussi sur Rossy de Palma jamais meilleure que lorsqu’elle joue chez Pedro !
Quand je vais voir un film du réalisateur (tous depuis 40 ans !) j’ai l’impression d’être chez moi...

 

La pièce rapportée de Antonin Peretjatko
 
"Paul Château-Têtard, vieux garçon de 45 ans et pur produit du 16e arrondissement de Paris, prend le métro pour la première fois de sa vie et tombe amoureux d’une jeune guichetière, Ava.
Leur mariage n’est pas du goût de « maman », Adélaïde Château-Têtard, qu’on appelle aussi la Reine Mère. Pourtant cette dernière s’en accommode : un héritier serait le bienvenu. Mais le bébé tarde à venir... 
Une guerre sans pitié s’engage entre les deux femmes, la Reine-mère étant persuadée qu’Ava trompe son fils. Il doit bien y avoir un amant quelque part…"

 
 
La classique lutte des classes, l’ascenseur social avec un brin d’absurde et de jouissif et parfois avec une critique acerbe des us et coutumes de ce monde qui vit dans un autre monde.
J’ai beaucoup aimé le personnage de Josianne Balasko et les rapports qu’elle entretien avec son petit personnel notamment la façon dont elle traite sa gouvernante Conchita, du second degré cynique et drôle.
Beaucoup de détails à observer dans les arrières plans.

La moitié du film est rigolote, enlevée, délirante et fantaisiste à souhait et puis ça s’étiole gentiment jusqu’à la fin.
Dommage parce que le couple Ava (Anaïs Demoustier) et Paul (Philippe Katerine) avait, pour moi, plus de potentiel. L’arrivée de Jérôme rend le film plus classique et moins intéressant.

Un avis en demi-teinte donc pour ce film dont j’attendais un peu plus…
 

Le Diable n'existe pas de Mohammad Rasoulof

"Iran, de nos jours. Heshmat est un mari et un père exemplaire mais nul ne sait où il va tous les matins. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad, venu demander sa bien-aimée en mariage, est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam, médecin interdit d’exercer, a décidé de révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Dans un régime despotique où la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur liberté."
 
 
Heshmat a une vie remplie entre sa femme, sa fille et sa mère dont il s’occupe à merveille et pourtant on sent en lui une tristesse profonde, elle est un masque sur son visage.
Quatre récits liés et cette première histoire comme une introduction aux suivantes. Je l’ai reçue tel un uppercut, restée sous le choc de la fin… qui nous rappelle que malgré son apparente modernité que l’on voit bien dans les 4 histoires, l’Iran est un pays où l’on tue et où l’on demande aux jeunes militaires (21 mois de service obligatoire) de tuer, où la peine de mort est appliquée sans modération.

Un film qui raconte plusieurs destins dont chacun est relié à la façon dont le régime fait peu de cas de la vie humaine. Un régime qui détruit des vies aussi chez les vivants. Il raconte une jeunesse avec des rêves d’ailleurs, des consciences éveillées, des rébellions, des choix qu’on doit assumer quel qu’en soit le prix, des choix déchirants dans un sens ou dans l’autre…
Mohammad Rasoulof a réussi un grand film sur la notion de libre arbitre, la difficulté à tous les niveaux d’en avoir dans un tel pays, tout en dénonçant le régime.
J’ai trouvé la mise en scène avec les 4 histoires vraiment bien pensée servant parfaitement le propos. Un espoir qui vient de la désobéissance malgré les risques, il sait de quoi il parle étant condamné pour propagande anti-régime. Un espoir qui vient des femmes aussi, elles sont là en soutien et en inspiratrices.
Un film qui remue sacré Ours d’or à Berlin.

 

La fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov
 
"Affaibli par une forte fièvre, Petrov est entraîné par son ami Igor dans une longue déambulation alcoolisée, à la lisière entre le rêve et la réalité. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent…"
 
Petrov n’arrête pas de tousser à cause de sa grippe, il prend les transports, je n’arrêtais pas de penser aux gens qu’il contaminait tout du long (toute ressemblance avec...).
Il part dans des cauchemars, délires et hallucinations, on se promène dans son cerveau entre le présent, le passé, le réel, le fantasmé, le rêve et la folie…
Il n’y a pas de vrai fil conducteur avec une histoire linéaire mais tout ce que je sais c’est que j’ai beaucoup aimé ce film totalement sous acide.

Je me suis laissée embarquer dans ce voyage qui mélange les genres et les époques, du film de potes alcoolisés, de la romance, du gore et de l’horreur, de la chronique sociale, du discours politique et tout ça donne une peinture de la Russie d’aujourd’hui. Encore plus forte quand on sait le réalisateur en difficulté dans son pays. On sent une frénésie d’images, une urgence à filmer, à sortir du confinement du malade grippé et du réalisateur assigné à résidence.
Les scènes dans les bus sont un condensé de misère sociale et humaine, de discours politiques, de patriotisme exacerbé, de misogynie… Et il y a ces envolées, ces scènes hallucinantes en plan séquences qui laissent sans voix, crues, brutes et montrant la violence de la société, le désespoir aussi, l’alcoolisme.
Je crois que j’ai confondu des personnages parfois ou alors non mais je ne suis pas sûre. Je n’ai pas non plus toutes les références mais ce qui compte c’est que j’ai fait un sacré voyage dans une Russie azimutée.
Il y a tellement de choses dans ce film, de la folie, du délire et des scènes magnifiques de vie notamment entre Petrov et son fils. On ne sait pas toujours si ce qu’on voit est la réalité mais qu’importe, pendant 2h30, Kirill Serebrennikov m’a mis la fièvre…

Rose de Aurélie Saada
 
"Rose, 78 ans, vient de perdre son mari qu’elle adorait. Lorsque sa peine laisse place à une puissante pulsion de vie lui faisant réaliser qu’elle peut encore se redéfinir en tant que femme, c’est tout l’équilibre de la famille qui est bouleversé."
 
Rose c’est tout un univers dans lequel nous entraine la réalisatrice, celui d’une famille juive tunisienne attachante avec ses fêtes, son sens de la famille, ses bons petits plats et sa musique qui réchauffe les cœurs et les corps (BO😍composée par Aurélie Saada). On se sent de la famille, on ressent les paroles sur la déchirure lors de l’enterrement, on veille avec eux.

Rose se retrouve à devoir appréhender la vie seule même si ses enfants sont là, ces 3 enfants dont chacun se débat avec ses problèmes existentiels. C’est peut-être là que le film m’a le moins touchée, les histoires des enfants ne s'imposent pas à côté de tout ce qui arrive à Rose.
Elle se laisse aller avant de retrouver une petite étincelle de vie à la faveur d’un diner où l’apparition de Marceline Loridan (Michelle Moreti) est une bouffée de liberté et de résilience. Que d’émotions dans cette scène.
 
Rose va prendre conscience qu’elle a le droit de vouloir vivre, d’être heureuse, de plaire, de séduire même à son âge, surtout à son âge. "On s’en fout de l’âge non ?"
Exister pour soi quand on a toujours existé en tant que couple, en tant que mère ou en tant que "femme de" est un chemin parsemé de reproches des proches mais qui vaut tellement le coup.
La relation mère fille est aussi un élément important du film, une tendresse infinie les lie. Aure Atika rayonne de douceur.

Françoise Fabian est lumineuse, une femme magnifique et magnifiée par ce rôle qui montre que les femmes ont toute leur vie pour être elles-mêmes.
Un hommage aux mères, aux femmes, la caméra d’Aurélie Saada est belle quand elle s’attarde avec pudeur et bienveillance sur les corps, ces détails de corps qu’on n’ose plus regarder ni toucher après un certain âge.
Un film à l'humanité joyeuse qui résonne encore plus pour la femme de plus de 50 ans que je suis…
 
Ps : Merci pour Mehdi Nebbou, le cinéma français ne reconnaît pas assez son potentiel bombasse !

 

Une femme du monde de Cécile Ducrocq
 
"A Strasbourg, Marie se prostitue depuis 20 ans. Elle a son bout de trottoir, ses habitués, sa liberté. Et un fils, Adrien, 17 ans. Pour assurer son avenir, Marie veut lui payer des études. Il lui faut de l'argent, vite."
 

Adrien est un ado un peu borné qui n'a pas confiance en lui (la réalité quoi) le plus dur c’est de le convaincre qu'il doit prendre sa vie en main, Marie n’est pas épargnée par les conflits.
Pourtant, persuadée qu'il a un avenir en cuisine, elle met tout en œuvre pour lui trouver une formation.
Le rêve d’une mère pour son enfant à portée de 9000€. Un rêve qui semble atteignable pense-t-elle mais est-elle vraiment maitresse du destin de son fils ?
Une mère qui va se démener avec toutes les forces dont elle dispose, elle ne peut compter que sur elle-même. On ferait pareil sa place ? Pas toujours évident de ne pas lâcher l’affaire et de se battre seul contre tous même contre son propre enfant.
 
Elle va donc devoir travailler plus. L'occasion de montrer les dessous de la prostitution (sans jamais tomber dans le voyeurisme) quand on est "indépendante" comme Marie. L’ostracisme vis-à-vis du métier, les situations humiliantes en société et avec ce film on comprend vraiment bien en quoi c’est un métier et la difficulté qui n’est pas que physique. Son métier est un choix, il n’est pas subi… On ne saura pas pourquoi et une partie de moi aurait aimé comprendre ce choix de vie très dur. En toile de fond la lutte des prostituées qui luttent contre la précarité qui s’accroit avec la pénalisation des clients. Cette précarité qui entraine Marie sur des chemins glissants. Sa situation, même si elle est prostituée, ressemble à celle de tellement de gens.

Marie est obnubilée par son objectif mais parfois le désespoir nous fait nous perdre en route…
Laure Calamy montre encore une belle facette de son talent. Ici elle une femme qui n’hésite pas à hausser la voix pour se faire entendre et se faire respecter. Un très beau rôle passionné de femme qui assume ses erreurs, sa façon de gagner sa vie et son amour inconditionnel de mère quoi qu’il en coûte… A ses côtés, Nissim Renard est un ado de 17 ans plus vrai que nature.

Un endroit comme un autre de Uberto Pasolini
 
"John est nettoyeur de vitres, il a 35 ans et il élève seul son fils de 3 ans. Mais John a une maladie incurable, il ne lui reste plus longtemps à vivre. Avec l’aide des services sociaux, il tente de trouver une famille d’adoption pour son fils…"
 
Rien qu’en lisant le pitch, on pleure. Pourtant même si le sujet est difficile (et que j’ai pleuré !), Uberto Pasolini réussit à ne pas sombrer dans le pathos. Et il est carrément bien aidé par son acteur principal (James Norton ❤) qui compose avec justesse ce rôle de père au bord du précipice. Je parle du père parce que pour l’homme, la vie est d’une triste sobriété comme l’ambiance du film.

Etant lui-même un enfant placé, il n’aura de cesse de chercher la famille idéale pour son adorable Michaël, une adoption de son vivant.
D’un milieu modeste, ce laveur de vitres contemple la vie des autres, la vie rêvée pour son fiston, à travers les fenêtres qu’il fait briller. On sent la classique fracture sociale lorsqu’il visite des familles plus riches, on voit qu’il n’est pas à l’aise et en même temps ça signifierait que son fils ait la vie qu’il n’a jamais eue.

Les visites aux familles sont émouvantes ou flippantes, les parents adoptifs ont tous ou presque des manques et des envies d’aimer et dans ma tête je parlais à John « choisis celle-là sans hésiter », heureusement il m’a écoutée !

John est obnubilé par sa recherche, il a du mal à dire la vérité à son fils et on le comprend, à 3 ans on n’appréhende pas encore la mort, surtout celle de ses parents. Quand on voit ce petit bout de chou, comment lui asséner l’horrible vérité ? Leur relation à deux est belle, déjà construite sur l’abandon de la mère. Mais a-t-il le choix ?

J’ai aimé ce film avec ma sensibilité exacerbée dès qu’on parle d’enfance déchirée…

 

Les amants sacrifiés de Kiyoshi Kurosawa
 
"Kobe, 1941. Yusaku et sa femme Satoko vivent comme un couple moderne et épanoui, loin de la tension grandissante entre le Japon et l’Occident. Mais après un voyage en Mandchourie, Yusaku commence à agir étrangement… Au point d’attirer les soupçons de sa femme et des autorités. Que leur cache-t-il ? Et jusqu'où Satoko est-elle prête à aller pour le savoir ?"
 
 
Nous sommes dans les années 40, le Japon conservateur voit mal les gens qui comme Yusaku font des affaires avec les occidentaux et Satoko qui s’habille selon les modes étrangères. Un couple moderne qui refuse de se soumettre aux traditions.
Satoko a beaucoup de temps libre et elle se fait des films. Au sens propre en tournant pour son mari qui aime manier la caméra pour divertir ses invités et au sens figuré en faisant turbiner son imagination.
Quand son mari rallonge son voyage en Mandchourie puis revient en laissant planer le mystère, elle se pose des questions sur sa fidélité en tant que mari et en tant que citoyen japonais.
 
Dans une atmosphère de film noir, le scénario revient sur une période historique trouble du pays juste avant l’entrée en guerre du Japon, entre agissements en Mandchourie et tortures dans les prisons.

Non-dits, faux semblants, espionnage et romance, un couple dans la tourmente… Satoko se retrouve prise dans une histoire qui la dépasse et on pense qu’une femme qui se sent trahie n’a plus l’air capable de se raisonner. Mais les apparences sont trompeuses on le sait bien.
Satoko est éperdument amoureuse et admirative de son mari, un amour fou qui les entraîne sur une pente glissante.

Une histoire machiavélique dans un climat oppressant et suspicieux. Trahisons, manipulations, sacrifices, passions, un film que j’ai bien aimé sans toutefois être transportée.

 

Bad luck banging or loony porn de Radu Jude

"Emi, enseignante, voit sa carrière et sa réputation menacées après la diffusion sur Internet d’une sextape tournée avec son mari. Forcée de rencontrer les parents d'élèves qui exigent son renvoi, Emi refuse de céder à leur pression, et questionne alors la place de l'obscénité dans nos sociétés."

Un film tellement riche que je pourrais en parler longtemps, il y a matière à débattre, des méninges à faire tourner, des images à analyser.
Un film original dans sa mise en scène et son découpage. Comme un puzzle qui prend forme avec des pièces disséminées tout du long. Une tragédie sociale en 3 actes dont chacun se lit à travers l'autre.

Une scène d'introduction dans plusieurs sens du terme : un couple se filme, du sexe consenti, joyeux, spontané. L'objet de tous les tourments. On va suivre Emi le temps d'une journée puis sa rencontre avec les parents.
Dans la 1ère partie, elle déambule dans un Bucarest sous Covid et en roue libre. Plans séquences sur des incivilités, gens à bout, insultes... paysages désolants de ville en ruine, mondialisation, vulgarité et traces du passé.

Puis une partie déroutante au début de mini séquences dans lesquelles le réalisateur s'attaque à tout ce qui fait la société roumaine et en donne une image totalement révoltante et déprimante : violences familiales, racisme et antisémitisme, nostalgie du passé militaire, effacement de l'histoire, corruption, religion, sexe, écologie, réseaux sociaux... mais qui pourrait s'appliquer à n'importe quel pays.

La 3e partie donne des envies de meurtre envers ce tribunal de parents hypocrites à la mauvaise foi terrifiante.
Une farce de justice et de jugements sans fondements.

Chaque partie renvoie aux autres, un jeu de piste intelligent et provocant pour questionner l'obscénité de nos sociétés, ça n'a rien à voir avec la sextape...

Un film sans concessions, satirique et décapant qui dénonce la société roumaine mais en y cherchant bien, la notre n'est pas si différente...
Un très bon film, déprimant sur le fond...

Un héros de Asghar Farhadi
 
"Rahim est en prison à cause d’une dette qu’il n’a pas pu rembourser. Lors d’une permission de 2 jours, il tente de convaincre son créancier de retirer sa plainte contre le versement d’une partie de la somme. Mais les choses ne se passent pas comme prévu…"
 
Rahim inspire tout de suite la sympathie avec son sourire éclatant imprimé sur son visage en permanence comme un laisser passer en société, entre gratitude et béatitude. Mais cela cache t’il autre chose ?
Il se retrouve embarqué dans une situation qui le dépasse totalement et est utilisé pour défendre un système qui le condamne. Un système absurde qui l’envoie en prison pour une dette qu’il ne peut payer alors qu’il pourrait travailler pour la rembourser.

Rahim est très entouré par sa famille et sa fiancé, on assiste à des scènes de vie familiale chaleureuses où le soutien et la solidarité sont de mises quoi qu’il arrive.
Suite à une "bonne" action, il devient un héros dans un pays qui en a bien besoin, un pays qui se cherche des héros du quotidien pour échapper au quotidien. Un héros qui va déchainer les foules en une mobilisation impressionnante pour l’aider.

Mais on le sait, un petit mensonge devient souvent une situation inextricable et quand le sort s’acharne, le héros ne correspond plus aux attentes des autres.
Une histoire de grandeur et décadence d’un homme ordinaire, de la façon dont on fait ses choix, comment on les assume. Est-il possible de garder la tête haute quand on a touché le fond ?
Un film remarquable qui montre encore une fois qu’il faut compter avec le cinéma iranien. Dans ce pays où les contraintes sont immenses, il est d’une créativité folle et je suis sincèrement épatée par toutes ses histoires originales et sans effets spéciaux qui tiennent en haleine.

 

West Side Story de Steven Spielberg
 
"West Side Story raconte l’histoire légendaire d’un amour naissant sur fond de rixes entre bandes rivales dans le New York de 1957"
 
Je ne voulais pas aller le voir au cinéma, comme beaucoup je ne voyais pas l’intérêt mais je me suis laissée convaincre par ma fille qui a adoré. Je ne vais pas comparer avec la version de Robert Wise d’autant que Spielberg a adapté le musical original de Stephen Sondheim et Leonard Bernstein dont le chef d’œuvre de Wise est la première adaptation, histoire originale inspirée de Roméo et Juliette de Shakespeare.

Je trouve qu’on retrouve très bien l’esprit du musical, je ne l’ai pas vu, je n’étais pas née ! mais j’en ai vu suffisamment sur scène pour me rendre compte.
Les images et les décors sont sublimes, il y a des plans magnifiques, du grandiose, un vrai film hollywoodien comme on en fait plus ou rarement. La première scène d’ouverture sur Cool est un bijou de mise en scène.
 
Cette histoire universelle de jeunes gens issus de milieux différents qui s’aiment est sublimée par la musique et les chansons. Maria est une jeune fille qui veut s’affirmer et se sentir libre de vivre sa vie, Tony veut repartir à zéro et réparer ses erreurs. Mais peut-on vraiment échapper à son passé ? Peut-on se couper de son environnement sans renier ses origines ?
Un drame qui se met en place façon tragédie grecque, un cycle de la violence encore plus appuyé avec cette version.
 
Finalement la rivalité entre bandes, le racisme et l’intolérance ont pour terreau la misère sociale. Ces jeunes gens assistent à l’effondrement d’un monde, leur vie s’écroule avec les immeubles qui laisseront place à de beaux quartiers dans lesquels ils ne seront pas les bienvenus. Pas d’espoir, plus d’espoir c’est ce qui entraine des actes désespérés…
 
Je n’ai pas aimé tout le casting mais j’ai passé un moment merveilleux avec cette mise en scène grandiose, ces chansons et cette musique toujours aussi belles, ces chorégraphies enchanteresses et cet amour si beau et bouleversant entre Maria et Tony.

 

Matrix Resurrections de Lana Wachowski
  
"Thomas Anderson est devenu concepteur de jeux vidéo dont The Matrix au succès énorme. On lui demande de faire une suite dont il n’est pas convaincu. Y a-t-il toujours un Neo qui sommeille en lui ?"
 
 20 ans plus tard, un nouveau Matrix mais est-ce vraiment une suite ? Ou alors un éternel recommencement possible dans un monde qui reproduit les mêmes erreurs ? Un mauvais rêve ou la réalité ?
A chaque personne d’y voir son interprétation…
 
Il est très bien amené ce 4e opus qui n'est pas une suite pour moi mais plutôt une remise en perspective des 3 premiers tout en questionnant le processus de faire des suites dans l’industrie du cinéma. Dans un contexte de pression des studios pour faire des blockbusters ou des jeux vidéo qui cartonnent, pour essayer de toujours faire du neuf avec du vieux sans chercher à faire de la qualité.
Une mise en abyme qui fait tourner le cerveau et le questionnement sur la matrice et la réalité, on nous fait voir ce qu’on a envie de nous faire voir et avec les algorithmes tout peut être manipulé.

Une réflexion sur le sens de la vie, une pilule bleue pour le confort, la routine et la non remise en question et une pilule rouge pour la substantifique moelle et la véracité des sentiments. Neo semble perdu entre réel et fantasme, entre pilule bleue qu’il avale consciencieusement pour rester "endormi" et pilule rouge qui peut le sortir de sa léthargie pour retrouver du sens.
Le film questionne aussi la relation humain/machine et toute cette intelligence artificielle qui prend de plus en plus de place dans nos vies.

Que reste t’il de vrai, de réel, de profond ? Ici c’est ce lien entre Neo et Trinity, indéfectible... aller au bout d’une histoire d’amour qui n’a pas eu la conclusion espérée… Il faudrait revoir le film pour extraire tous les détails riches et signifiants qui le parsèment. Lana Wachowski sommée de toutes parts de faire une suite à Matrix a choisi enfin de la faire mais en essayant de donner du sens et de questionner son choix. Pour moi c’est surtout une grande et belle histoire d’amour, parce que finalement c’est l’amour qui sauve le monde non ?

Madeleine Collins de Antoine Barraud
 
"Judith mène une double vie entre la Suisse et la France. D’un côté Abdel, avec qui elle élève une petite fille, de l’autre Melvil, avec qui elle a deux garçons plus âgés. Peu à peu, cet équilibre fragile fait de mensonges, de secrets et d’allers-retours se fissure dangereusement. Prise au piège, Judith choisit la fuite en avant, l’escalade vertigineuse."
 
Judith est rayonnante, tout le monde semble l’aimer, elle ne passe pas inaperçue quand elle fait son entrée quelque part. Alors pourquoi ce besoin d’avoir deux vies et de compartimenter ? Pourquoi se mentir en permanence et mentir aux autres ?

On se rend compte qu’elle ne va pas si bien que ça dans sa tête et qu’elle délire totalement de penser que ça peut marcher ad vitam. Surtout que les autres commencent aussi à se comporter bizarrement… Plus on avance dans le film plus le mystère s’épaissit. Les deux hommes sont-ils au courant de tout ou d’une partie ? Acceptent-ils des mensonges parce que c’est plus simple que d’accepter la vérité ? Et comment même est-ce possible cette histoire dont certains éléments ne peuvent avoir existé ?

On le voit que tout ça va trop loin alors pourquoi Judith s’obstine et perd le fil de sa vie ? Mais laquelle ? Qui est-elle vraiment ? Est-elle folle ou simplement perdue ? Ou les deux ?
 
Il faudra voir le film pour avoir des réponses à toutes ses questions ! Virginie Efira porte magnifiquement ce rôle de femme tourmentée pour laquelle nos sentiments sont ambivalents. On peut la comprendre, avoir de la compassion et détester son comportement qui détruit ses proches. Un portrait de femme qui s’inscrit dans une histoire familiale.

Un film qui m’a bien tenu en haleine mais dont je n’ai pas aimé la fin. A partir du moment où l’explication arrive, le film devient plus classique et perd en intensité, je n’étais plus dedans, trop de choses m’ont gênée comme le jeu de la petite fille (tellement casse gueule de faire jouer une enfant si petite).

 

Lamb de Valdimar Jóhannsson
 
"María et Ingvar vivent reclus avec leur troupeau de moutons dans une ferme en Islande. Lorsqu’ils découvrent un mystérieux nouveau-né, ils décident de le garder et de l'élever comme leur enfant. Cette nouvelle perspective apporte beaucoup de bonheur au couple, mais la nature leur réserve une dernière surprise…"
 
Malheureusement l’affiche française est un gros spoil alors que j’en n’aurais pas parlé pour ma part pour laisser un peu plus le temps de la découverte et les cerveaux imaginer des choses avant de les voir. Je me rends compte que je l’avais à peine regardée puisque j’ai eu la surprise durant le film. Idem pour la bande annonce que je n’avais pas vu avant, quel gâchis de montrer autant…
 
Un film en immersion avec la nature et les magnifiques paysages désertiques islandais dans lesquels il est facile de se perdre ou de se faire oublier du monde. Ce couple qui paraît seul au monde vit avec les moutons et la nature dans une routine bien rodée. L’arrivée de ce nouveau-né change la donne ou plutôt remet la vie à l’endroit. Quelques indices nous laissent imaginer un passé douloureux.
Lamb est un thriller fantastico-fermier dans lequel les contes et légendes ont leur place. Les moutons, tels une tribu sont à mes yeux des gardiens de la terre. J’ai eu le sentiment qu’ils jouaient vraiment tels des acteurs inspirés. Un travail remarquable de mise en scène et de montage à ce niveau.

On assiste à un rapport de force de maternité entre l’humain et l’animal et tous les moyens sont bons pour supporter la perte et l’absence mais quel est le véritable ordre des choses ? Qui est humain, qui est animal ?
Un film qui dégage une atmosphère vraiment particulière et originale avec un couple d’interprètes très expressifs sans trop parler. J’adore Noomi Rapace et elle est magnifique dans ce film.
J’étais très mitigée sur la toute fin en sortant du ciné mais depuis je suis revenue sur ma déception. Parfois il faut laisser décanter les choses ou les films !

 

Nos plus belles années de Gabriele Muccino
 
"C’est l’histoire de quatre amis, racontée sur quarante ans, en Italie, des années 1980 à aujourd’hui. La chronique de leurs espoirs, de leurs désillusions, de leurs amours, et surtout, de leur amitié."
 
Trois amis, trois caractères, trois destins croisés. Trois amis et une fille… Les amitiés, les amours, les études, les mariages, la paternité, la carrière avec ses succès et ses revers. La vie sépare les amis et les fait se retrouver ?
J’attendais tellement de ce film, c’est le genre de chronique que j’adore.
La période de l’adolescence au début est la plus réussie, le temps des possibles avec les histoires familiales, les premiers amours… ça partait si bien et puis dès l’arrivée dans l’âge adulte tout devient si classique, si attendu, banal et mal rendu…

Une énorme déception, l’impression de voir un téléfilm. Je le dis souvent, l’âge au cinéma est un sujet et ici faire jouer des acteurs dans la cinquantaine pour les rôles démarrant à la vingtaine, sérieux… ça m’a perturbée. Les interprétations sont bonnes oui mais pas crédibles physiquement, le casting est chouette c’est dommage.

Dans le même genre, je vous conseille plutôt de voir le magnifique « Nos Meilleures années » de Marco Tullio Giordana sorti en 2003.

Belle de Mamoru Hosoda
 
"Dans la vie réelle, Suzu est une adolescente complexée, coincée dans sa petite ville de montagne avec son père. Mais dans le monde virtuel de U, Suzu devient Belle, une icône musicale suivie par plus de 5 milliards de followers. Une double vie difficile pour la timide Suzu, qui va prendre une envolée inattendue lorsque Belle rencontre la Bête, une créature aussi fascinante qu’effrayante. S’engage alors un chassé-croisé virtuel entre Belle et la Bête, au terme duquel Suzu va découvrir qui elle est."
 
 
"Dans la réalité on ne peut pas changer de vie, dans U tout est possible !" Sacrée publicité à laquelle succombe Suzu qui aspire à devenir une autre. Mais cette autre ne serait-elle pas elle-même ?

Suzu est une adolescente dont la joie de vivre a disparu il y a des années, son mal être adolescent est décuplé par sa situation familiale. Grâce au métavers de U, elle va se transformer et renouer avec ses émotions et ses désirs. Elle va y rencontrer des gens ordinaires qui voudraient être extraordinaires, des ados qui veulent échapper à un quotidien trop dur, des anonymes qui se cherchent des héros… Le film alterne les séquences entre virtuel et réel.
Ici le virtuel n’est pas diabolisé et au contraire quand il est bien utilisé, il peut se révéler une vraie aide pour s'affirmer.
Plusieurs thèmes sont développés dans le film, l’utilisation des réseaux bien sûr avec ses avantages et la rançon de la gloire mais aussi les apparences, la violence, la difficulté de s’exprimer en famille, le deuil… avec une revisite contemporaine de la Belle et la Bête.

Avec au bout du compte, le message d’accepter son passé et s’en servir comme une force…
Un beau teen movie qui m’a émue parce que je suis une grande sensible et une certaine noirceur à la fois touchante et fascinante qui se dégage de la Bête dans le virtuel et dans le réel. J’ai adoré ce personnage.

Un Mamoru Hosoda peut être un tout petit moins fort que les précédents mais qui reste un très bon anime, genre que j'adore.

 

Tromperie de Arnaud Desplechin
 
Adaptation de Tromperie (Deception) de Philip Roth (1994)

"Londres - 1987. Philip est un écrivain américain célèbre exilé à Londres. Sa maîtresse vient régulièrement le retrouver dans son bureau, qui est le refuge des deux amants. Ils y font l’amour, se disputent, se retrouvent et parlent des heures durant ; des femmes qui jalonnent sa vie, de sexe, d’antisémitisme, de littérature, et de fidélité à soi-même…"
 
Le romancier qui se nourrit des histoires de ses maitresses, le processus de création à travers la parole et les échanges, le sexe, la mort, l’identité juive… on tente d’entrer dans la psyché de l’écrivain.
Il a fallu plus d’1h15 sur 1h45 pour que je m’intéresse un peu au film. Ennui pour moi mais vraiment. Je n’ai pas réussi à ressentir quoi que ce soit devant ces interminables dialogues et encore moins à la teneur de ces dialogues. Trop théâtral, pas assez de vie.

Avec Les fantômes d’Ismaël, c’est le deuxième film de Desplechin (dont j’aime les films en général), qui m’ennuie. Ce n’est vraiment pas son cinéma que j’aime dans ces deux films.
Bref, on oublie pour ma part.

Rédigé par Carole Nipette

Publié dans #Sorties culturelles... de maman - critiques cinéma.

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W
Coucou je n'ai vu aucun film de ta sélectio, je n'ai vu que Ghostbusters en décembre. je devais aller voir Matrix et Spiderman, j'espérais aussi voir Belle et Encanto mais comme on a presque tous été malades, notre bilan ciné est maigrichon. Tu m'a donné envie de voir Rose en tout cas ;-)
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C
clairement le covid en ce moment bouscule plein de vies et de projets ! il va falloir se rattraper :)
G
Coucou
j'ai vu un film! le dernier spiderman et j ai pas du tout aimé : les longueurs, personnages peu profonds, ils sont ringards vraiment.
J aurais préféré aller voir Matrix...
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C
J'aime bien cette trilogie Spiderman mais je me suis dit que je réserverai ce dernier pour la vision à la maison...
R
Une jolie sélection j’aimerai bien voir le dernier Almodovar et aussi Belle
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M
Je veux tellement voir le dernier Almodóvar !! Et puis je pense que j'irai voir Belle avec la Miss!
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C
ça devrait lui plaire Belle !