Mon cinéma d'octobre 2022

Publié le 4 Novembre 2022

L’innocent de Louis Garrel
 
Quand Abel apprend que sa mère Sylvie, la soixantaine, est sur le point de se marier avec un homme en prison, il panique. Épaulé par Clémence, sa meilleure amie, il va tout faire pour essayer de la protéger. Mais la rencontre avec Michel, son nouveau beau-père, pourrait bien offrir à Abel de nouvelles perspectives…
 
Accepter un nouveau beau-père qui en plus est taulard, c’est beaucoup pour Abel. Persuadé que Michel ne va pas se ranger il se lance dans une carrière de détective malgré lui avec une maladresse drôle et désarmante. Nous même on doute avec lui.
Il va y avoir un rapprochement progressif entre les deux hommes unis par l’amour d’une femme, Sylvie avec laquelle Abel a un beau rapport mère-fils. Ils sont proches malgré les choix de vie pas toujours compris dans les deux sens.
Le casting parfait : Anouk Grimberg mimi et attachante, Louis Garrel charmant, comique et émouvant, Noémie Merlant hilarante et ça lui va bien, Roschdy Zem on ne s’en lasse jamais. Et le Jean-Claude Pautot il m’a fait tellement rire dans la scène de répétition. Un vrai personnage de cinéma comme on n’en fait plus.
Louis Garrel revisite le film de braquage avec humour et fantaisie en s'inspirant de sa propre vie. La scène du restaurant est masterclass. Les situations sont crédibles et le jeu des personnages se mélange avec la réalité de ce qu’ils vivent sur le moment.
Evidemment les choses censées être simples ne le sont jamais et les actes d’amour prennent des chemins inattendus…
Une comédie réussie, originale qui fait du bien. Chaleur humaine, simplicité et sincérité avec une BO nostalgique. J’ai passé un très bon moment.
 

Ticket to paradise de Ol Parker
 
Un couple séparé est réuni pour tenter d’empêcher leur fille de commettre la même erreur qu’eux jadis : céder au coup de foudre.
 
Lily prend du bon temps à Bali après la remise de son diplôme d’avocate et avant de rejoindre un grand cabinet. Mais elle tombe amoureuse de Gédé, de Bali et de son mode de vie en phase avec la nature.
Ses parents qui ne peuvent plus se supporter vont essayer de lui faire retrouver la raison.
Le film questionne un peu le rôle de parent et de l’accompagnement des enfants à l’âge adulte, la façon de les laisser choisir leur vie et leurs études (tellement pas évident parfois), l’ingérence, les conseils en mode "on sait mieux que toi, on a vécu…" etc…
Une comédie romantique avec un duo de rêve qui fonctionne. On sent que Julia Roberts et Georges Clooney se connaissent bien et qu’ils ont pris un plaisir fou à péter les plombs et à jouer la comédie matinée de yeux doux.
Perso, Julia Roberts dans n’importe quoi suffit à mon bonheur tellement je l’aime depuis Mystic Pizza (1988) !
Les deux jeunes amoureux sont adorables (Kaitlyn Dever et Maxime Bouttier).
Un vrai feel good qui permet de s’échapper un peu de l’ambiance morose du pays et du monde. Un film qui réchauffe avec ses décors paradisiaques qui contrairement à ce qu’on pourrait croire ne sont pas de Bali mais du Queensland en Australie. En tout cas c’est une merveille pour les yeux.
Un moment agréable, des rires et des sourires, je n’en demandais pas plus, 1h40 en dehors de la réalité ça fait un bien fou !

Bros de Nicholas Stoller
 

Bobby est un animateur de podcast névrosé qui est heureux d'aller à des rendez-vous Tinder et se contente de ne pas avoir de relation sérieuse. Tout change lorsqu'il rencontre Aaron, un avocat tout aussi détaché.


Bros se positionne comme la première romcom gay jouée par des acteurs gays. Est-ce qu’ils jouent où sont eux-mêmes ? Une question intéressante abordée dans le film sur l’interprétation des gays à l’écran par des acteurs hétéros qui sont souvent nommés aux Oscars !
Le film interroge des clichés sur l’amour gay (les apps de rencontres, le sexe, le mode de vie, la gonflette…) pour mieux les déconstruire ensuite avec pas mal d’autodérision.
 
Pendant que Bobby tente d’ouvrir le premier musée LGBTQ+, Aaron se questionne sur le sens de son travail tout en étant sollicité de toutes parts pour des plans Q… Tandis que Bobby semble avoir un égo démesuré, Aaron souffre d’un complexe d’infériorité. Sont-ils vraiment faits pour être ensemble ? La peur de s’engager et la peur de souffrir sont universelles. Ils vont explorer toutes les pistes pour répondre à cette question ! Une romcom qui reprend les codes du genre tout en y ajoutant un grain de folie et un discours politique.
L’ouverture du musée permet de s’interroger sur la représentation de l’amour homosexuel inexistante ou cachée dans l’Histoire et qui a manqué aux jeunes gay pour se constituer. Pas d’identification possible et c’est bien que les générations d’aujourd’hui puissent enfin s’identifier et se reconnaître. L’occasion aussi d’aborder le discours communautaire et ses dérives et de se moquer de cette mode qui surfe sur le courant LGBTQ+ pour être hype.
S’empêcher de raconter ce qu’on vit parce que c’est trop gay pour plaire à tout le monde alors que c’est une réalité, s’empêcher d’être ce qu’on est pour ne pas déranger… Un autre aspect intéressant évoqué dans le film à travers le personnage bruyant de Bobby (j’avoue que j’ai eu du mal au début, le comédien est un peu énervant mais devient touchant…)
J’ai beaucoup ri, aussi parce que j’avais pas mal de références et merci de parler de cette série bijou qu’est Schitt’s Creek. Mais si on ne connait pas bien la culture gay Us on peut se sentir perdu.
J'ai aimé, j'ai été émue et c'est ce que j'attends d'une romcom, du rire et de l'émotion.

Tori et Lokita de Jean-Pierre et Luc Dardenne
 
Aujourd’hui en Belgique, un jeune garçon et une adolescente venus seuls d’Afrique opposent leur invincible amitié aux difficiles conditions de leur exil.
 
Tori et Lokita se débrouillent pour survivre dans un monde où même les gens qui les aident les exploitent. Des petits boulots de vente de drogue, personne n’est choqué que les vendeurs soient mineurs. Tout le monde se fout des autres et encore plus des migrants.
Ils se sont trouvés tous les deux, une fraternité de cœur et d’entraide. C’est tout ce qu’ils ont à eux, ce lien fraternel plus réel que s’il était vrai. Un frère et une soeur d’infortune liés par un même destin de fuite et de survie.
Lokita accepte tout pour avoir des papiers et pouvoir aider sa famille, sa vie déjà difficile à laquelle s’ajoute la pression de la famille à qui il faut envoyer de l’argent coûte que coûte. On l’a envoyée pour cela. Double peine…
Son rêve est simple : devenir aide-ménagère et gagner sa vie, une vie dans laquelle Tori aurait sa place de petit frère.
Tori qui malgré son jeune âge a dû fuir son pays pour ne pas être tué. Il est plein de ressources mais inconscient des dangers de la vie qu’il mène avec Lokita. Leur relation est magnifique, elle éclaire le film tout du long. La puissance d’une scène dans laquelle ils chantent en italien, chanson apprise lors de leur passage dans un camp de migrants en Italie. Chanson qui fait partie de leur nouvelle histoire commune, un chant d’espoir qui les relie.
Un film implacable qui parle de l’exploitation de la misère, du sort des migrants dans nos pays "civilisés", migrants qui sont eux aussi des être humains avec des rêves, des espoirs, des envies… Des vies qui ne valent rien aux yeux de certains…
Un film qui parle de l’humanité et de la perte d’humanité. Ça se passe en Belgique mais ça pourrait être partout ailleurs.
Deux jeunes interprètes fabuleux qui incarnent Tori (Pablo Schills) et Lokita (Joely Mbundu).

La cour des miracles de Carine May et Hakim Zouhani

Jacques Prévert, école primaire en Seine-Saint-Denis, est menacée par l’arrivée d’un nouvel établissement scolaire bobo-écolo flambant neuf. Zahia la directrice de l’école, en quête de mixité sociale, s’associe à Marion, jeune instit pleine d’idées, pour créer la première « école verte » de banlieue et attirer les nouveaux habitants. Mais pour ça, il va falloir composer avec une équipe pédagogique disons… hétéroclite, et pas vraiment tournée vers la nature.

Ici, une question très actuelle sur la perte de sens des métiers. Un sens qu’il va falloir retrouver en se demandant pour qui et pour quoi on fait un tel métier ?
Zahia, directrice impliquée qui ne lâche rien -mais difficile de ne pas se laisser décourager entre une académie pas à l’écoute et un manque cruel de moyens- fait face aux élèves, aux profs démissionnaires ou désabusés et surtout aux parents qui en ont marre que l’école recrée les ghettos mis en place par le logement. "où sont les petits blonds ?" demande une mère.
Cette intégration tant vantée par notre société est impossible vu que dans les quartiers la mixité sociale est quasi inexistante. Préoccupations bien légitimes de la part des parents.
On peut aussi se demander si la mixité est la solution unique à tous les problèmes ? Clairement un sujet de société dont je trouve, on ne parle pas assez.
Et si on tentait une autre méthode pour redonner du sens à tout le monde ?
Grâce à Marion, l’école et les enfants s’ouvrent à l'environnement qui les entoure. Pour y arriver il va falloir recruter du personnel enseignant, on rigole des scènes de casting mais le film résonne avec l'actualité de cette dernière rentrée scolaire et du recrutement express mené par l’EN. Quand la réalité dépasse la fiction, on en rit mais c’est à pleurer… 
En filigrane un vrai discours sur l'école de la République et les valeurs qu'elle devrait défendre avec les moyens adéquats.
Un film drôle et tendre qui pose de vraies questions avec un côté feel good mais qui n'élude pas la réalité de l’entre soi, de la débrouille et l’investissement personnel face à une EN en perte de repères.
Une chose est indiscutable, les enfants des quartiers ont eux aussi droit au meilleur… belle conclusion du film.

 

Le Pharaon, le Sauvage et la Princesse de Michel Ocelot
 
3 contes, 3 époques, 3 univers : une épopée de l'Egypte antique, une légende médiévale de l'Auvergne, une fantaisie du XVIIIe siècle dans des costumes ottomans et des palais turcs, pour être emporté par des rêves contrastés, peuplés de dieux splendides, de tyrans révoltants, de justiciers réjouissants, d'amoureux astucieux, de princes et de princesses n'en faisant qu'à leur tête- dans une explosion de couleurs.
 
Trois histoires pour savourer l’art du conte, sa philosophie et l’art de raconter. Avec la pâte Michel Ocelot reconnaissable entre toutes.

On part tout d'abord en voyage dans la Haute et Basse Egypte dans un univers bleu et doré. Un voyage de conquête sans guerre à travers les temples et les dieux, une histoire d'amour entre un jeune soudanais et une princesse. C’est celui qui m'a le moins touché.
Puis on part dans un château de l’Auvergne du Moyen-Age où vivent un seigneur violent, son petit garçon solitaire et un prisonnier mystérieux. Un conte visuellement magnifique avec des couleurs sombres et des personnages comme des ombres. Un beau sauvage dont on se sent encore plus proche avec l’actualité contemporaine.
Le troisième conte nous entraine dans l’Orient du 18e siècle, en Turquie façon mille et une nuits avec La princesse des roses et le prince des beignets. Un univers beaucoup plus coloré, flamboyant et merveilleux.
Chaque histoire à son univers visuel mais le beau message de paix et d’union est le même dans trois contextes différents. Tout comme la rébellion contre une autorité parentale arbitraire et injuste.
Encore une réussite de Michel Ocelot. J’ai vraiment aimé les deux contes du sauvage et de la princesse.

L’école est à nous de Alexandre Castagnetti
 
Virginie Thévenot, une prof de maths un peu spéciale, profite d’une grève générale dans un collège pour tenter une expérience originale avec un petit groupe d’élèves. Elle prend un pari, leur laisser faire ce qu’ils veulent… Une étincelle qui va enflammer les esprits des ados, provoquer une petite révolution au sein du collège et bouleverser leur vie à tous.
 
Tous ces films ces derniers temps qui rêvent d’une école différente, peut-être qu’un jour ce sera une réalité !
Ici de bonnes réflexions que je me suis souvent faites en matière de notes ou de programmes. La course pour les finir qui ne laisse pas la place aux questions, c’est du vécu.
Faire avec les élèves, les familles, les autres profs et les directives souvent contradictoires de l’EN, voilà de quoi bien se prendre la tête. Mais Virginie préfère agir plutôt que de tergiverser. A l’école, des règles qu’on peut comprendre mais qui ne laissent aucune place face à l’impro. On se rend bien compte que tout est sous contrôle et que ça peut être dangereux de déroger, en tant que parent on serait furieux probablement mais n’empêche, sortir des clous une fois de temps en temps, vive l’expérimentation et le lâcher prise.
Les séances de chambrage, les blagues sur l’enseignement de techno (j’ai toujours rencontré tous les profs même ceux de techno et de sport mais je reconnais bien cette réalité !), les habitudes des jeunes pas faciles à changer, beaucoup d’humour pour dénoncer ou mettre l’accent sur ce qui ne va pas aussi bien chez l’EN que dans la vies des élèves. J’ai adoré cette phrase d’un réalisme cru "Quand tu demandes à un ado de rien faire, il fait rien !"
 
Un feel good à voir avec vos collégiens ! Un chouette casting de jeunes qui change un peu de ce qu’on a l’habitude de voir et qui met bien l’accent sur les apparences trompeuses. Un point dont notre société à tellement besoin, elle qui cherche toujours à enfermer les jeunes dans des cases.
Un très beau rôle de premier plan pour @Sarahsuco que j'adore !

La conspiration du Caire de Tarik Saleh
 
Adam, simple fils de pêcheur, intègre la prestigieuse université Al-Azhar du Caire, épicentre du pouvoir de l'Islam sunnite. Le jour de la rentrée, le Grand Imam à la tête de l'institution meurt soudainement. Adam se retrouve alors, à son insu, au cœur d'une lutte de pouvoir implacable entre les élites religieuse et politique du pays.
Prix du scénario au Festival de Cannes 2022

 
Dès le départ on est saisi par les images de l’école, imposantes et impressionnantes. Un monde à part, totalement masculin et oppressant. Un contraste total avec l’agitation de la ville, les scènes intérieur et extérieur sont deux mondes que tout oppose. Dès qu’on sort de cette école-prison on respire.
Une école avec ses règles et ses groupes d’embrigadement, ses factions, ses islamistes qui lorgnent du côté terroriste.
Adam semble obligé de faire des choix contraires à ce qu’il est et joue un jeu de plus en plus dangereux. La tension monte tout au long du film.
On assiste à la guerre des cheiks, un Game of Thrones au pays des religieux.
Des manipulations de tous les côtés mais qui manipule qui ? Le pouvoir, la police, les cheikhs, Adam, les étudiants… tous sont-ils manipulateurs et manipulés ?
Tarik Saleh en profite pour tacler le pouvoir égyptien et les religieux hypocrites qui contournent les règles quand ça les arrange
Il dénonce le cynisme de la police qui utilise les gens, la torture, la raison d’état.
Tout ceci avec un vrai sens du cinéma, une esthétique parfaite, un scénario solide accompagné d’une belle mise en scène et d’un casting au top. Un très bon film qui nous plonge dans un univers totalement inconnu.

Novembre de Cédric Jimenez
 

Une plongée au cœur de l’Anti-Terrorisme pendant les 5 jours d'enquête qui ont suivi les attentats du 13 novembre.
 
Malgré la sobriété voulue par le réalisateur, j’ai été mal au début parce qu’on a vécu de près ou de loin cette soirée épouvantable de novembre 2015. Impossible de retenir mes émotions décuplées avec la scène de la minute de silence. On ne voit rien de la tragédie mais on sait.
Puis on est immergé dans une enquête sans relâche, des enquêtrices et enquêteurs qui mettent leur vie entre parenthèse durant 5 jours pour tenter de traquer et d’arrêter les coupables pour enrayer la spirale de la violence terroriste. Pas le temps de pleurer ou si peu. Un métier qui, selon les circonstances, ne laisse pas la place aux émotions personnelles. Que ce soit en interrogeant des victimes ou des coupables. Coupables qu’on doit entendre débiter des conneries religieuses monstrueuses sans ciller ou presque…On suit la brigade antiterroriste au plus près, les écoutes, les filatures, les recoupements… et les comptes à rendre à toutes les instances gouvernantes et les erreurs qu’on peut commettre.
Le film se concentre vraiment sur le travail de la brigade, on ne sait rien des personnages qui sont réduits à leur fonction. J’ai aimé ce parti pris désincarné pour se concentrer sur l’action pure et le sujet : rien ne compte que la recherche des terroristes. Il y a malgré tout une relation empreinte d’émotions qui se noue entre une enquêtrice et la témoin principale (beau duo Anais Demoustier et Lyna Khoudri) mais rattrapée par la réalité.
 Le film fait écho à Revoir Paris (voir mon post plus bas) avec une autre vision toute aussi réelle des événements tragiques de 2015. Enquêter sur les attentats et réparer les vivants, deux aspects d’un même drame qui se complètent. Deux témoignages de notre histoire commune à travers le cinéma dont le rôle est aussi de raconter notre époque et ses traumatismes. Sans voyeurisme je trouve pour ces deux propositions.

Simone, le voyage du siècle de Olivier Dahan

Le destin de Simone Veil, son enfance, ses combats politiques, ses tragédies. Le portrait épique et intime d’une femme au parcours hors du commun qui a bousculé son époque en défendant un message humaniste toujours d’une brûlante actualité.

Au début les allers retours rapides entre passés et présent m'ont gênée puis je me suis fait au principe de narration qui pour moi montre à quel point la vie de Simone a été influencée par son passé.
Un biopic de 2h20 qui ne peut pas tout raconter mais qui dresse un portrait bien complet de Simone Veil que ce soit la fille, la soeur, l'épouse, la magistrate, la femme politique, la mère...
J'ai aimé les deux interprètes, Rebecca Marder et Elsa Zylberstein. Elles sont bien entourées par Judith Chemla.
J'ai ressenti un max d'émotions tout au long du film et les scènes très dures des camps arrivent vers la fin ce que j'ai trouvé bien dans la construction du récit.
Un film prenant et passionnant. Les combats de Simone pour être indépendante dans son foyer puis pour les femmes, les conditions de détention, les malades du sida, l'avortement, l'Europe... l'importance de la famille, le passé qu'elle ne peut partager qu'avec Milou.
Et ce qui est terrible c'est que les arguments nauséabonds et rétrogrades de ses opposants sont les mêmes qu'on entend aujourd'hui. L'humanité n'apprend jamais...
On sent que la souffrance des autres a été un moteur pour Simone Veil, elle a en quelque sorte essayé de toujours réparer l'Histoire pour qu'elle soit du côté des opprimés. Pour que la dignité humaine soit au centre de tout.

Un portrait intense et émouvant.
La saga d'une grande femme de notre monde. Un exemple.
Le film n'est pas parfait, un peu trop lêché, certaines scènes trop mises en scène... mais ça ne change rien à mon ressenti général nourri de mon histoire personnelle et de ma façon de voir la vie.

R.M.N de Cristian Mungiu
 

Quelques jours avant Noël, Matthias est de retour dans son village natal de Transylvanie, après avoir quitté son emploi en Allemagne. Il s’inquiète pour son fils Rudi qui a perdu la parole, pour son père âgé Otto et il souhaite revoir Csilla, son ex. Quand l’usine que Csilla dirige décide de recruter des employés étrangers, la paix de la petite communauté est troublée.

Bienvenue en Transylvanie, terre de légendes ! mais ici c’est un grand mélange de cultures, nationalités et origines. Un melting pot pas si joyeux dans lequel roumains, hongrois et allemands se côtoient. Ça manque un peu de background au début sur cette région dont je découvre cet aspect.

La main d'œuvre étrangère accepte de travailler pour le minimum tandis que les locaux partent travailler à l'étranger car mieux payé. Se pose la question du pourquoi d’un salaire aussi bas. Dans ce contexte les étrangers sont pris dans des querelles entre communautés. On les fait venir, d’un côté on les utilise, de l'autre on les refoule. Alors que le problème est bel et bien ailleurs, sur cette question des salaires et des emplois.
A travers la juste description du quotidien d'une petite ville roumaine, Cristian Mungiu décortique le racisme des locaux qui s'était déjà exprimé vis-à-vis des gitans. Alors que beaucoup sont expatriés ou venus de l’étranger. Un cycle qui tourne en boucle. Le discriminé d’hier est le raciste d’aujourd’hui.
Matthias qui symbolise un peu tout le monde est lui-même perdu ne sachant plus quel camp choisir. Même avec Csilla il tergiverse. La seule ou presque qui résiste face à l’intolérance de ses concitoyens, elle qui écoute en boucle le thème de In the mood for love comme un appel à l’amour qui ne vient pas.
Une région pleine de contradictions qui s'expriment durant la réunion publique, plan séquence de 17mn dans lequel chaque communauté est renvoyée à ses responsabilités et ambivalences. L’occasion aussi de parler de l’hypocrisie des politiques européennes d'immigration et de l’UE en général notamment avec l’exemple de la Roumanie.

On veut bien toucher les subventions sans jouer le jeu, on crache sur l’Europe mais on veut bien en profiter un peu…
Un film ancré dans la réalité mais la fin m'a laissée perplexe, en vrai j’ai pas compris. Du coup je vois bien ce que le film dénonce mais il m’a manqué une réponse, un espoir… quelque chose pour que je me dise que le film a réussi son coup avec ce qu’il dénonce. Ou alors ça reste une démonstration de plus… Je ne sais pas quoi penser.

Un beau matin de Mia Hansen-Løve
 
Sandra, jeune mère qui élève seule sa fille, rend souvent visite à son père malade, Georg. Alors qu'elle s'engage avec sa famille dans un parcours du combattant pour le faire soigner, Sandra fait la rencontre de Clément, un ami perdu de vue depuis longtemps...

Sandra se retrouve dans une situation que personne n’aimerait avoir à vivre : placer son père dans un Ehpad tout en le voyant devenir un autre qui ne va plus tarder à ne pas la reconnaître. Il faut aussi vider un appartement, dire adieu à toute une vie d’avant, visiter le malade et pleurer en cachette…
Son père qui fut un brillant professeur de lettres et dont une maladie dégénérative le prive de son autonomie. Plusieurs fois on pense à l’enquête de Victor Castanet « Les fossoyeurs ».
Les relations père-fille sont mises en scène avec pudeur malgré la dureté des moments en Ehpad.
En parallèle, Sandra qui a perdu son mari il y a 5 ans, tente de retrouver sa vie de femme. Une histoire d’amour somme toute banale s’installe, allers-retours avec l’homme marié qui veut, ne veut plus, reveut… Mais cette histoire d’amour imparfaite est le début de quelque chose alors que la fin d’une autre est en train d’arriver. Une façon de se tourner vers la vie et ses moments de bonheur présents tandis qu’une vie s’achève…
Une mère, une fille, une femme, trois facettes de Sandra. Pour une fois, j’ai trouvé Léa Seydoux nuancée dans son jeu, tendre et naturelle. C’est ma plus belle surprise du film.
Un film qui s’inspire de l’expérience personnelle de Mia Hansen-Løve. Un sujet difficile parfois saupoudré de légèreté avec de belle scènes familiales.
J’ai bien aimé.

EO de Jerzy Skolimowski
 
Le monde est un lieu mystérieux, surtout vu à travers les yeux d'un animal. Sur son chemin, EO, un âne gris aux yeux mélancoliques, rencontre des gens bien et d'autres mauvais et fait l'expérience de la joie et de la peine, mais jamais, à aucun instant, il ne perd son innocence.
 
Un film avec des qualités techniques indéniables, des images et une photo magnifiques. C’est une œuvre d’art cinématographique avec des tableaux de maitre.
On sent le plaisir simple de filmer de belles scènes avec des animaux.
Eo l’âne est trop chou mais il est clairement le prétexte pour servir le propos, un plaidoyer pour la cause animale, un film contre la souffrance que font subir les humains aux animaux, souvent gratuite.
Tout le reste, une succession de scènes qui ne reflètent même pas la réalité d’un pays, n’est pas aussi fort que les images sans paroles. J’ai trouvé le film sublime mais ennuyeux car les interventions humaines sont mauvaises comparées au reste.
Un avis partagé sur ce film donc entre la beauté des images et du propos et la mise en scène qui pour moi ne rend pas justice à ce que le film dénonce.

Une femme de notre temps de Jean-Paul Civeyrac

Juliane, commissaire de police à Paris, est une femme d’une grande intégrité morale. Mais la découverte de la double vie de son mari va soudain la conduire à commettre des actes dont elle ne se serait jamais crue capable…

Je n'ai pas eu le temps d'en faire une chronique sur Instagram et comme je n'ai pas aimé, j'ai laissé tomber. Je n'ai pas aimé l'histoire ni la réalisation.

Vu aussi ce mois-ci...

Jack Mimoun et les secrets de Val Verde de Malik Bentalha et Ludovic Colbeau-Justin

Deux ans après avoir survécu seul sur l’île hostile de Val Verde, Jack Mimoun est devenu une star de l’aventure. Le livre racontant son expérience est un best-seller et son émission de télévision bat des records d’audience. Il est alors approché par la mystérieuse Aurélie Diaz qui va ramener Jack Mimoun sur Val Verde pour l’entraîner à la recherche de la légendaire Épée du pirate La Buse. Accompagnés de Bruno Quézac, l’ambitieux mais peu téméraire manager de Jack, et de Jean-Marc Bastos, un mercenaire aussi perturbé qu’imprévisible, nos aventuriers vont se lancer dans une incroyable chasse au trésor à travers la jungle de l’île aux mille dangers.

Sympa mais vraiment sans plus, j'ai été déçue au final malgré la tendresse que j'ai pour les interprètes. Trop prévisible.

Rédigé par Carole Nipette

Publié dans #Avis cinéma-Revue de films

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G
Alors j'irais en novembre je pense XD<br /> Le mravel sort ce jour :)
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G
Marvel oups
F
Merci pour tous ces avis, tu m'as donné envie d'aller au cinéma !!!
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C
alors c'est une bonne chose :)
M
Je suis allée voire Simone samedi avec la Miss. Et quelle émotion... On a fini en larmes toutes les deux!
Répondre
C
ça oui quelle émotion, j'ai eu les larmes plusieurs fois
D
Bonjour Carole, tu as vu beaucoup plus de films que moi une fois de plus. Concernant L'innocent, j'ai vu ce film mais je n'ai pas écrit de billet. C'est sympa mais je ne sais il m'a manqué quelque chose pour que je l'apprécie vraiment. Louis Garrel réalisateur et acteur remplit son contrat mais sans plus. Novembre et La Conspiration du Caire, très bien. Eo m'a cassé les oreilles. J'ai trouvé RMN passionnant. Les autres, pas vus. Bon dimanche.
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C
C'est mon loisir principal il faut dire :) ah dommage pour l'Innocent, un film que je reverrai avec plaisir !